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MIETTES ONIRIQUES
suivies de FRAGMENTS INTIMES
( Salim et Yacine Benabdelmoumène FRA )
AVANT-PROPOS
J'écris des poèmes depuis sept ans. Fruits de mes pensées et de mes rêves, mes premiers poèmes parlaient souvent de femmes. En fait, il devait toujours s'agir de la même femme. Son prénom était Adèle, Eve, Léa, Marie, Sonia, Amandine, ou Aline, ou même Cléopâtre. Il me paraissait donc impossible de débuter le présent recueil sans évoquer la femme sans nom, mais aux mille visages :
D'une femme sans nom mais aux mille visages
Sans cesse je rêvais, quand une belle image
A éclairé la nuit : toi, ma tendre Amandine.
Si j'avais aimé les lanières, noire Aline,
Dans ta cruelle main j'aurais trouvé le manche.
Fidèles compagnes de toutes les nuits blanches
Du poète charmé par ses belles amantes.
Qu'importe son penchant : soumise ou dominante.
Cette femme ne présentait aucun point commun avec la réalité. Elle représentait un idéal. Elle ne devait donc exister que dans mes rêves.
Par la suite, il m'a semblé que d'autres rêves présentaient aussi un intérêt et qu'il fallait également les raconter. Fixer le rêve en poème permet de le mémoriser. Ainsi, un cycle s'est établi, et ce cycle dure toujours. Le rêve appelle un poème, lequel appelle le rêve, qui appelle un autre poème... Malheureusement, le poème ne constitue souvent qu'une description partielle et déformée du rêve, d'où le titre de la première partie. Et les rêves ne s'avèrent pas toujours faciles à décrire. Leur explication passe par la symbolique des rêves et par les données de la psychanalyse. Autour de ces rêves se greffent un peu de mythologie, du fantastique et de la science fiction, différentes légendes et aussi des croyances, notamment religieuses. Dans ces poèmes apparaissent également les quatre éléments (principalement l'eau). Enfin, le thème de la guerre est souvent évoqué, de même que les souvenirs d'enfance.
Dans la seconde partie, une plus grande place est donnée à l'imagination. Les poèmes Quelle justice ?, Nuit, Nouveau cours, Quand vient l'aube, Guadalupé, Papillon, Regrets et Une vie pleine d'adieux ont été composés par Yacine Benabdelmoumène.
Enfin, certains poètes furent (et sont toujours) pour moi une source d'inspiration : essentiellement Hugo, mais aussi Dante, Baudelaire, Rimbaud ainsi que Verlaine.
Le manuscrit de ce recueil a été relu par Monsieur Christian Bouy. Que celui-ci trouve ici l'expression de ma reconnaissance.
MIETTES ONIRIQUES
Errances
Une armée de déments
Dans la brume et le noir.
Odin était clément.
Fumées, feux dans le soir.
Des hommes s'amoncelaient.
Thor sonnait, souriait.
Le coffre était scellé.
Frère et sœur ils priaient.
Un roc, mûr, s'élevait.
Un contre sept : l'armure.
Feu, le dragon bavait :
- Merlin ! Soufflait un mur.
Une étrange créature
D'un coup, les eaux du lac ont cessé de vivre...
D'étranges créatures font leur apparition
Et la ville n'a plus que deux dimensions.
Sur l'île, une vieille cabane - un homme lisait un livre.
- Ne vas pas te noyer ! Mais il plonge dans l'eau.
Tout au fond de l'abîme, il croise son regard.
Il tente de la fuir - est-il déjà trop tard ?
Changement de décor : de l'herbe et des bouleaux.
Le chien noir
Au pied du dit pêcher,
L'humour avait séché.
Dans la nuit était net
Le souffle de la bête...
Une spirale de lumière,
Une voix tendre et amère.
La porte était fermée.
En étain, le damier.
Une vieille se déchaussait :
Noir, le bout de son pied...
Derrière l'hydre et le zèbre :
Le gardien des ténèbres.
Avertissement
Quand le taureau fonça vers moi,
J'étais étendu par terre.
Il leva ses deux pattes en l'air,
Tout mon corps était en émoi.
C'était un avertissement,
Car je ne fus pas écrasé.
Lequel des deux aurait osé
S'en prendre à l'autre à ce moment ?
Captifs
Dans une cage, une souris,
Ainsi qu'une jeune captive.
Dehors, femme, rien ne te prive
De régner, puisque tu souris.
Mettre un homme avec le grand tigre
Dans la cage n'est pas humain.
Mais n'oubliez pas que demain
Le lion blanc mange le tigre.
Bien que ce ne soient que des mots,
Veuillez, dame, ne pas oublier
D'être forte, et de bien veiller
Sur les hommes, les animaux.
Eve se prépare
Une voiture était à l'arrêt,
Eve s'en allait avec l'enfant.
Dans le village abandonné...
Nombres et traits, saucissonnés.
Un vieux hangar, une salle obscure,
Deux professeurs, un tas d'ordures.
- Prends ma main ! Un feu d'artifice.
- Eve se prépare : dormez mon fils.
Enfants perdus
Enfants perdus dans une voiture
Et sous le ventre du dragon.
Dans son antre, l'espace est épure.
La tour se penche. Gare ! nous voguons.
Le dragon ravage le village,
Les enfants ne sont plus présents.
L'animal, quelque soit son âge,
Amis, ce n'est pas un présent.
Un homme volant dans les airs
Un homme, volant dans les airs,
Tenait dans ses bras un enfant.
Une femme monta vers eux
Et lui dit ces mots curieux :
- Allonge ton beau visage,
Laisse dériver ta peine.
L'homme était en colère,
Voulait rester avec l'enfant.
La femme tenait à tous deux
Comme à des objets précieux :
- Où vas-tu donc, mon cher ami ?
Ton attitude est vaine.
Annie
Petite fille, Annie, je suis bien avec toi.
Dis-moi que tu m'aimes ! et je serai courtois.
Mais toi, petit enfant, tu joues seule, sans rien dire.
Quand passe à la télé le doux géant de fer,
Que les pilotes disent qu'ils n'ont plus rien à faire,
Il ne reste d'Annie que ses éclats de rire.
Petite fille, Annie, pourquoi es-tu partie ?
L'horizon est bien sombre et l'avenir petit.
Si j'avais un enfant, un enfant tel que toi,
Comme j'aurais aimé le tenir dans mes bras !
Te voir en rêve, Annie, me met dans l'embarras.
- Chère petite amie, bienvenue sous mon toit.
Adèle
Un vaisseau l'attendait pour la mener au ciel.
Une explosion ! Je regardais brûler Adèle.
Aucun son, aucun cri, aucune souffrance :
Ce n'était pas une mort, mais une renaissance,
Car elle se relevait avant de s'en aller.
Tout s'éloignait de moi : la Déesse à la Clé ?
Léa
Je pose ma main sur la trace de ses pas
Quand la nuit me rappelle le sourire de Léa.
Les vagues géantes d'une mer mortelle
Inondaient une ville de leur sel cruel.
A peine sorti de l'eau, le prêtre adorateur
Fut saisi par la belle, le miel et la douleur.
Irrité par la femme à la voix de corbeau,
Nue, idole dressée sur un homme-escabeau,
Il s'envolait, et elle plongeait dans l'eau glacée.
Elle avait pris la clé de ce rêve insensé !
Des larmes tombent sur la trace de ses pas
Et le jour se lève : Léa ne reviendra pas.
La fête nationale
La foule attendait l'arrivée du défilé,
Mais il fallait descendre les escaliers.
Les marches étaient larges, une femme tombait.
A la voir de plus près, une jambe lui manquait.
La femme était blessée, j'appelais au secours.
Comme nous restions seuls, je lui parlais d'amour.
La classe
Assise sur une table - moi au fond de la classe -,
Elle lisait, ivre, mais ne voulait pas que l'on passe.
Et ses mots, si doux ! faisaient frissonner mon cœur.
Mais, pour la faire danser, il me faudrait un chœur.
Les fleurs de l'amour
J'ai rêvé de cueillir les fleurs de l'amour.
J'ai cherché toute la nuit. Au lever du jour,
Une femme est venue, et elle a pris mon cœur.
J'ai pensé à l'amour, au parfum de ses fleurs,
Et prié la belle de me donner son miel.
Tard, j'ai reçu d'elle un peu d'humour et de sel.
Derrière les murs
Ils s'étaient écartés, les murs qui me cachaient
Ta vue. Tu n'étais plus que lumière et clarté.
Derrière ton trône et sur un mur se trouvaient
Tes mille visages. Et de toi, je rêvais.
Anne
Anne, tu ne seras jamais ma douce amie.
Or, que faisais-tu donc, toi, dans ce tendre rêve ?
Notre rencontre fut simple, et un peu trop brève.
Je vois ton avenir, radieux, tel Jérémie.
Et comme dans un poème on peut tout inventer,
J'ai voulu te cacher en te prénommant Anne.
Or je sais qui tu es, je ne suis pas un âne.
Ce vers est un peu court... et je dois te quitter.
Marie
Je regardais le ciel.
Plutôt que de prier,
Je rêvais éveillé
Des femmes, de leur miel.
Le regard un peu fou,
Telle une apparition,
Elle aimait les sanctions,
La Vénus de Corfou.
La Vénus vint à moi.
Elle avait un collier,
Et, au bout du collier,
Accrochée, une croix.
- Marie, un jour, quelqu'un
Est mort sur cette croix.
Bien sûr, c'était son choix :
Tous sauvés, saints, requins.
Posée sur mes genoux,
Les cheveux en bataille,
- Le début d'une faille -
Elle avait le cœur doux.
Marie, tendre et conquise.
Là, tout est déformé
Soleil... village natal...
Une femme venue du ciel.
Là, tout est déformé...
Discours, une assemblée,
Le tout fait pour te plaire.
D'où la Lune et la Terre.
Le dîner
Une dague « s'abat »
Sur la table et sur le papier.
Regard perdu dans un couloir...
Une brune ? Si belle et percutante.
Une black ? Apprenti sorcier !
Une blonde ? Dents bleues, la dominante.
- Madame, votre servant est gâteux.
- Or, sire, qu'à cela ne tienne,
Le dîner aura lieu quand même.
Combat
Une femme assise sur une table :
« Laisse-moi tranquille ou je vais mordre ! »
Or Superman portait Loïs !
Dans l'obscurité, une voix s'élève :
« Ta blancheur salit mon royaume ! »
Suit un combat... Le Bien contre le Mal ?
Sur un balcon
Sur un balcon, une vue du port...
Des dauphins se suivaient à la nage.
Un rideau blanc, nu le support ;
Du boniment, vie de ménages.
Quille, aimes-tu vivre à l'envers ?
La mort n'est plus qu'un souvenir.
Léa, solaire, amour et sphères...
L'étoile, rubis, et le menhir.
Faon, petit ami
Dans ce corps disséqué,
Qu'as-tu trouvé ce soir ?
Son œil était crevé,
Tu marquais sa mémoire.
Faon, petit ami, aimait chant ;
Tu gardes ton moi, mais pas l'argent.
Beauté virginale des champs,
Las sont les pauvres, les indigents.
De vers en vers
Il restait couché sur son lit de mort.
Il ne perd pas de temps quand il s'endort !
De beaux versets, pour conjurer sa peur.
De brefs poèmes sur un ordinateur.
Odin l'inspire. Ceci dit, vieil homme sage.
Ah ! le mépris. Fi des rimes et de l'âge !
Pourquoi, Lise, appelais-tu ta maman ?
Elle, simple, rieuse, n'a jamais eu d'amants.
Est-elle confondue avec ta cousine ?
La suite ? En prison. « Craie » dit ta copine.
En haut de l'immeuble
Et tout en haut de l'immeuble,
Loin du sol, de la terre meuble :
Des doigts de viande et de fromage,
Presque aussi hauts que des nuages.
Le père en était responsable :
Ses enfants seraient-ils capables
De les atteindre en s'élevant ?
La sœur était passée devant.
Mais tout en haut de l'immeuble,
Loin du sol, de la terre meuble,
Les doigts de viande et de fromage
S'étaient perdus dans un orage.
Hors de son rêve il avait faim,
Il fredonnait le même refrain :
Le réconfort de nos parents,
Dont les yeux étaient apparents.
Mais le sommet de l'émotion,
Du déjà-vu, l'apparition,
Fut procuré par une femme
Pleine de santé et de charme :
« Danton rêve, je me suis cachée.
Dante est le singe, gelez péchés ! »
Le diable tout çà : « Approchez ! »
Hélas ! il ne put la toucher.
Mon oncle
Mon oncle, que Dieu ait son âme !
Me dit que la Mort recherchait
Un pont. N'en faites pas un drame !
Surtout, n'y voyez pas péché !
Soudain, il me prit dans ses bras,
Etant bien content de me voir.
« Mon oncle, je dois quitter vos bras,
Mais ceci n'est qu'un au revoir. »
Mon oncle était un grand poète,
Cela valait bien un sourire.
Lorca ! pénètre dans ma tête !
Noëlle ne doit pas en rire.
A l'aube
A l'aube surgit la déferlante,
Car la mer était menaçante.
Et quand il invoqua le ciel,
Alors Dieu créa le soleil...
L'eau de la mer devint bouillante.
Ce fut la peur et l'épouvante.
Il courait à en perdre haleine :
Lui et son frère fuyaient la peine.
Trouver une femme
L'avenir, une question de statistiques ?...
Parmi les épreuves, elle est la plus dure.
Même si demain peut être dans ce rêve,
Trouver l'amour n'est pas chose bien facile.
Qui est ce jeune homme dans la Mercedes ?...
Mon ami le reclus, la rancune tue....
Une famille entre dans la cheminée,
Du style what is love ? We don't need love.
En l'an 4000
Au sein de la ville immense,
Des voitures planaient en silence.
Par cent, des fusées s'envolaient.
La fusion était contrôlée.
Je n'ai pas peur de l'an 2000.
J'ai peur du sot et de l'habile.
Si tu n'aimes pas penser à moi,
Pense à demain, après trente moi.
Le marcheur
L'homme à la voiture n'a pas voulu le prendre.
Il a fallu qu'il marche sans ne plus rien attendre.
Arrivé jusqu'au pont, la croisée des chemins :
La ville ou l'inconnu - ce que sera demain.
La croisée des chemins
A l'endroit où tous les chemins se croisent,
Que peut-il bien y avoir ? Allons voir.
Il y a là un homme, une cascade...
Un éléphant qui prétend tout savoir,
Une croix couchée par terre, une main ;
Une mosquée, une locomotive ;
Du savoir et de l'imagination,
De la foi, du bonheur, de la douleur.
A l'endroit où tous les chemins se croisent,
Il y a toi, petite vagabonde ;
Il y a moi, seul...
L'aviateur
Ton avion était en panne.
Mais si son rêve était ta manne,
Pourquoi cracher sur ce jeune moine ?
Ce qu'il te faut, c'est de l'avoine.
- Te souviens-tu de l'accident ?
- Oui. Il a été imprudent.
- Sais-tu que tout n'est que fumée,
Que ce moine est un mal-aimé ?
Kalam Allah
- Les mots de Dieu valent mieux que « qui es-tu toi ? ».
Tu dois laver le roi ! tu dois le baptiser !
- Si j'avais été prêtre, aurais-je le roi lavé?
Si j'avais une maison, je laverais mon toit.
Le prophète caché
L'arrêt du bus, et deux cartables...
Je savais ce qu'il fallait faire :
L'un des deux devait disparaître.
Parlons du prophète caché.
L'arbre nain
Un arbre nain, en guise d'enseigne...
- Ma sœur, des enfants à laver !
De l'eau se perd, mitre et ave...
- Tu parles trop, tais-toi ! J'enseigne.
Une église et de l'eau bénite.
L'islam... le signe de la croix.
Un seul dieu, c'est ce que je crois,
Que l'on soit chrétien ou sunnite.
Seize bateaux étaient à quai,
Et deux avions dans le ciel.
Les abeilles faisaient leur miel.
Et moi, de souffle je manquai.
Ah ! le puits, la porteuse d'eau...
Ta chambre est l'endroit le plus doux.
L'islam est contre le saindoux.
Quand le Christ reviendra... Rideau.
Un ange me l'a dit
Aujourd'hui j'ai rêvé... Quelqu'un l'avait prédit :
J'irai au paradis. C'est l'ange qui le dit.
Ô mon Dieu ! qu'as-tu donc fait de tous mes péchés ?
Car je suis un pécheur, ne peux m'en empêcher.
Sortir de ce rêve et pouvoir continuer
A vivre dans l'éther, l'espace et les nuées.
Ô Dieu, comme je t'aime ! Alors je vais prier
Pour que tu guides mes pas, sans trop t'ennuyer.
Comment
Que sont donc ces métaux semés dans l'au-delà ?
Pour achever le cycle ? Toute l'éternité
Sera-t-elle assez longue ? Et t'aimer sans te voir ?
Comment pourrait-on appréhender l'Univers
Sans arrêter le cours de toutes ces étoiles ?
Toutes ses mains tendues sont-elles censées plaire ?
Et tous ces vaisseaux disséminés dans l'espace
Sont-ils signes de bien ou de désespérance ?
- Père, j'en appelle aux mages, j'en appelle aux prophètes,
Et que la volonté du ciel profond soit faite !
- Or les morts, les vivants et les trois araignées
Ne peuvent pas répondre. Il faut recommencer.
Pourquoi toujours recommencer ? Et Dieu alors ?
Pourquoi toutes ces voitures agglutinées ?
Cette rencontre dans le tunnel du métro ?
Et, dans le parc, cet homme allongé sur un banc ?
Ô étoiles, vous, si belles et si brillantes,
Si chaudes, pourquoi ne puis-je pas vous étreindre ?
- Vous n'êtes pas Dieu.
- Qui suis-je alors ?
- Peut-être un
Rêveur... Tant de questions et si peu de réponses.
Quelque part
Quelque part, et ailleurs,
Dans un monde meilleur ?
Des morts criaient vengeance.
Ils n'étaient pas de France.
Elles suivaient un chemin,
Sûr et vieux parchemin.
Un sourire entendu...
Une fin, inattendue.
Quand la Mort te poursuit
Quand la Mort te poursuit,
Surtout te dépêcher.
Courir, courir, courir.
Etre humble, vif, rapide.
Quand la Mort est tout près,
Ouvrir toutes les portes,
Avec calme et prudence.
Un touriste entre en force.
Alors, est-il perdu ?
Ou va-t-il revenir ?
Est-ce qu'il va mourir ?
Quand la Mort te poursuit,
Ne pas lever le voile,
Car là où tout est blanc,
Il n'y a plus d'espoir.
Un enterré vivant
Un enterré vivant qui regardait des femmes.
Assises sur le sable, elles parlaient sans voir.
Elles ont donc appris à oublier les larmes,
A oublier les pauvres et leurs maigres espoirs.
Ses amis sont venus, car un homme était mort.
La faucheuse attendra : il fallait qu'il s'en sorte !
Monter les escaliers, en étant sans ressort...
Au tout dernier étage, elle ouvrira la porte.
En bas du tableau
Tout en bas du tableau,
Une tête sans corps
Hurlait sans dire mot.
Mon Dieu ! était-ce un mort ?
Le portrait
En pénétrant dans un bureau baroque,
Je vis un portrait. Alors j'ai pensé :
« Cet homme-là n'est pas de notre époque. »
Vite ! remettons le portrait en place.
« Ô mon Dieu ! comme tout est en désordre ! »
Mais, bien sûr, ce n'était pas de ma faute.
Murs et vieux toits
Murs et vieux toits... des hommes se cachent.
Métal... leurs armées se piétinent.
Sang et fossés, quelqu'un de bien.
Un jet de pierres : méchant revient ?
Amis, ceci fut une guerre
Menée il y a bien longtemps.
L'une des guerres engendrera le bien.
L'Histoire est là, elle se souviendra.
Débarquement
Oh ! le joli débarquement !
Signe de joie ou de souffrance ?
Et si cette terre est la France,
Il n'y a plus de bâtiment.
Motocross
Cela me dirait d'acheter une moto.
La verte foncée n'a rien pour me rendre fier,
Mais son prix, trois francs, n'est pas fait pour me déplaire.
Pour la conduire, il va falloir se lever tôt.
Mais plus loin, je vois surgir des creux et des bosses.
Les pilotes partis, la foule a bien hurlé.
Alors j'ai prié : « Pas de chutes ni de plaies. »
- Cette moto me plaît. Vive le motocross !
Football
Le match est presque terminé,
Le ballon vole dans les airs,`
S'en va heurter le pan d'un mur
Et mourir aux pieds des enfants.
- Les enfants, rendez le ballon !
Désobéissance toujours :
Ils se remettent à jouer...
Le ballon est entre mes mains,
Mais je le donne à mon ami,
Mon ami le donne à l'enfant.
Nous sommes en Italie, mais
Je ne parle pas l'italien.
En anglais ! « Do you speak English ?
Go and give the ball back, petit ! »
Suit un moment d'hésitation.
Pour finir, l'enfant obéit.
Là-bas le match avait repris
Avec un autre ballon blanc.
Dans la cour du lycée
Dans la cour du lycée,
La bombe va sauter.
Le bandit est parti
Et je vais m'en aller.
Policier ligoté
Tu ne vas pas mourir.
Utilise tes dents.
Bravo ! te voilà libre.
Mais l'homme mal coiffé
N'est pas le plus mauvais.
Oh ! non ! pas les enfants.
« La bombe va sauter !
Courez ! courez ! courez ! »
Encor ce jet de pierres.
De nos jours les enfants,
Même en danger de mort,
Sont désobéissants.
L'hôpital
Dans la salle d'attente :
- Prenez un numéro !
- Où est passé mon frère,
Mon support, ma béquille ?
Assis, deux enfants noirs.
Un blanc les séparait :
- Rendez-moi mon cartable !
- Le voilà (tagué, vide).
- Toi, espèce de... (oui !).
Dehors, deux infirmières.
Une blonde aux yeux bleus.
L'autre, était-elle brune ?
La blonde avait parlé :
- Ici, tout est fermé.
La famille nombreuse,
Vous prendrez l'ascenseur !
Les enfants étaient noirs.
Dans la salle d'attente :
« Prenez un numéro ! »
Un homme se levait,
Allait vers un autre homme,
Et le montrait du doigt :
- Ce blond, à l'air honnête :
Un menteur, un truand !
- Espèce de... (encore !)
Bousculade, empoignades,
Coups... Bref, la confusion.
FRAGMENTS INTIMES
Lumières
Une planète inconnue,
La Porte des Lumières.
Emmêlées galaxies :
Le futur et la nuit.
Imiter le Coran ?
La page est déchirée.
Lumières en abondance :
Quand est l'éternité ?
Une femme et son enfant ;
Que la lumière soit vive !
L'étoile et la cellule,
La chaleur et la vie.
Ré, veillée
Ré veillait sur son feu, le vent cherchait un sens :
Des mots dans le désert, si les rêves ont un sens.
Les loups étaient aimables tout autour de la table.
Demi-tour, deux rangées, et les veaux de l'étable.
L'Egypte, à la croisée des chemins : le passé
Ne peut pas s'effacer, long, toujours ressassé.
- Khéops, es-tu l'éternité ? Et le sphinx dit :
- Ne pense pas au temps, vivre est assez, Mehdi.
Rêver de blanc
Rêver de blanc et de douceur,
Dans les étoiles assurément !
Geler demain et de bonne heure ?
Dans la neige et les éléments.
- Sire, je ne sais pas bien chanter.
- N'oublie pas d'invoquer le ciel !
- Bonjour, je suis très enchanté.
Les anges n'ont rien d'irréel.
La route blanche
Au bout de la route blanche,
Un pont traverse l'océan.
Quand surgira l'oiseau moqueur,
De ton épée perce son cœur.
Que tes flèches tourmentent les rats !
Je serai ce que Dieu voudra.
Changer
Tu n'es plus qu'un enfant qu'un long sommeil attend.
Pauvre de toi que les flammes lèchent. Le Temps
Te regarde, mais toi tu piétines. Ton vers
Aime cette Vénus, nue, qui marche à l'envers.
« Où est la vérité ? », demandait l'homme sage.
Dans la mer de douleur, si beau est le naufrage.
- Hé ! je suis moi ! Cela te va ou te dérange ?
- Je ne peux pas t'aimer, à moins que tu ne changes.
- Quand viendra le temps d'oublier, il changera.
Cléopâtre sera sa femme, et son dieu, Ra.
- Je ne crois pas, Cronos. Il prie Zeus, Athéna.
- La foi ne passe pas par l'Olympe ou l'Etna !
Quand je ferme les yeux
Quand je ferme les yeux,
Je n'aime pas les dieux,
Mais plutôt un poème,
Et pas toujours le même.
Tu es ma confidente,
Noire, mais bien présente.
Tu es ma douce étoile,
Mon amie, et mon voile.
Jason
Jason et la toison,
Par à-coups... le poison.
Il faut tuer la Mort :
Voguer, masser son cœur
Dans les chants, la douceur.
Jason est à bon port.
Je poursuis mon poème
En pensant à mon thème,
Car Jason me démange.
J'aime, perdu d'avance ;
En amour, on avance.
Je l'oublie et je mange.
Boomerang
Tournez, tournez bouffonne !
Ça, c'est un boomerang.
La salade griffonne...
C'est nul ! Une harangue ?
Le coq : un fanfaron.
L'honnête homme est à plaindre ?
« Çà » ne tourne pas rond :
Une tempête est à craindre.
Nain porte quoi ?
Trente-six voyants... Aux médiums nous croyons.
Douze marabouts. Maman, je suis à bout !
Amour, travail, santé : l'horoscope sait.
Où est la limite ? Mais voyons la suite.
« La vérité est ailleurs » dit Chris Carter.
CD, voyage sur Internet, manette...
Il manque un vers, comme d'habitude. Etude...
Bicyclettes, ou minettes et canettes.
Et je vous le dis : nous sommes vendredi.
Torture, mur, voitures et confiture.
Or comme la vie n'est pas toujours facile,
Dites nain porte quoi ! Tout s'arrime à quoi ?
Election
- Toi qui votes aujourd'hui
Pour que je meure demain,
Pense à ceci l'ami :
Demain verra le drame,
L'élection de ton âme.
- Je serai repêché.
- Tu m'avais effacé !
- De la craie n'aie regret.
- Qui sera le plus fort ?
Or Dieu connaît ton sort.
Ville
La Mort a fait ses courses
Dans un supermarché.
Détentes, explosions,
Immeubles effondrés.
Une jeune femme se traînait...
Or là, la mamie était en fleurs.
Jérémie
- Jérémie au téléphone... Hé ! tu réponds ?
- Ça roule là, ce n'est pas ce que l'on pense.
- Mais bien du temps a passé en votre absence !
- Le triskèle a vieilli, tournant comme un héron.
L'Aghbalou
Quand la folie humaine a de fait condamné
Quelques bois innocents qui vivaient à tes pieds,
Tes flammes sont un cri, car ta colère est grande.
Mais parmi tous ces morts étaient nombre d'enfants !
Aghbalou, animal régnant sur un village,
C'est toi qui fut jadis mon tout premier amour.
Je rêvais de t'étreindre, et de voir tes sommets,
De dominer le monde avec ma bien-aimée !
Si tu te vêts de noir, c'est pour porter mon deuil.
Loin de toi, et vivant, je ne suis qu'un linceul.
Quelle justice ?
Quittant malgré lui son pays,
Forcé de rebâtir sa vie,
A-t-il jamais cru réussir
Dans la paix de l'âme à vieillir ?
La maladie fut sa sentence.
Mais pourquoi cette pénitence
Pour un juste à glorifier ?
Sans mot dire il a bien lutté.
Un soir, la mort l'a emporté.
Nuit
Souvent, la nuit, les rues étoilées de Paris
Enlacent mon âme et ravissent mon esprit.
Je chemine, empli de vertiges opiacés,
Le long des bords de Seine, aimable panacée.
La ville s'écoule en caresses sur ma peau
Et m'enchante, telles les nymphes de Rio.
Un ciel langoureux brûle pour tes atours
Et jalouse sans fin d'un mortel cet amour.
Nouveau cours
Un clair matin s'annonce
Et déjà je renonce
Aux faux-fuyants, aux mensonges,
Que la nuit lasse prolonge.
Affronter un nouveau jour
Sans à peu près ni détour.
Cette fois se dévêtir
Et oublier de mentir.
Quand vient l'aube
Quand vient l'aube souveraine,
J'oublie quelque peu ma peine,
Et de gésir un temps l'empire
Qu'un autre destin n'est mentir.
Lors le ciel de volutes s'ambre
Et s'éploie le fatum sombre,
Pour peu de songe coruscant
Me semble le jour s'éclipsant.
Tueur de nues
Il est six heures du matin.
A l'heure où dorment mes lutins,
Les oiseaux chantent avec entrain.
Je n'entends pas le bruit des trains,
Je n'arrive pas à dormir,
Mais quelque chose me fait sourire :
Je pense à tous ces poètes
Qui ont osé, et que c'est chouette !
Je pense que je n'en suis pas un,
Que je ne suis qu'un assassin,
Un tueur de vers et de rimes.
Voilà, j'ai avoué mon crime,
Mais je m'y suis habitué.
Et je compte les nues à tuer.
Où veux-tu aller ?
Un enfant pleurait dans la nuit :
- J'ai un peu faim, je meurs d'ennui.
- Je suis ici, dit l'olifant ;
Où veux-tu aller, mon enfant ?
- Dans mon passé vivait un roi.
Et dans le ciel, ils étaient trois.
Dans cette mer je me noyais,
Et dans l'arène tu tournoyais.
Dans une étoile brûlait un songe,
Car dans nos vies tout est mensonge.
Hors de la terre tout était clair.
J'aime Aurélie et Marie-Claire.
Dans son œil droit : lune et halo.
Ne pleure pas ! Tout est dans l'eau...
- Aimer la vie, tu dois apprendre,
Mais dans ton cœur tout est à prendre.
Go home
Il voit des S.D.F.
A la S.N.C.F.
Il aime une drôle de brute
Quand son corps est en rut.
Il n'est plus que nausée :
Le malin s'imposait.
Ses pages sont en vers,
Mais écrites à l'envers.
Pour les mettre à l'endroit,
A qui donner le droit ?
Du passé viennent des voix :
Eviter les renvois,
Effacer les rumeurs.
Go home ! Et la rue meurt.
Le bruit d'un ballon
Il entend le bruit d'un ballon :
Des enfants jouent à l'extérieur.
Buste casé dans un salon...
Il fait très chaud à l'intérieur.
Il demeure couché sur son lit,
Ecoutant les bruits du dehors.
L'un des enfants s'appelle Ali.
Pour cet enfant, il n'est qu'un... - Mords !
Délit
Ah ! délit de sale gueule.
Un chien saute et, sur un banc,
Un jeune homme assis attend...
L'avenir et le printemps.
Mourir, mais sans paresse
Quand, sorti de la mer où dansent les poissons,
Le crabe maladroit se hâte de dormir,
Ne veux-tu pas qu'il meure, unique obsession ?
Qui ne pense qu'à toi ne peut pas te trahir.
Il peut bien se noyer, les poissons le dévorent.
Le crabe est sur le sol, que le soleil caresse.
Si douce est sa chaleur ! Il a des rayons d'or.
« Allons, ne pas dormir : mourir, mais sans paresse. »
Si j'étais
Ah ! si j'étais un arbre, un lys, une cerise,
J'aimerais que l'on me cueille ou que l'on m'abatte !
Si j'étais un ours, un loup ou même une blatte,
Pour ce tout petit ver, j'irais bien à Venise.
Si j'étais, à Paris, mosquée ou bien église,
Ici pour que tu pries, là pour que tu te battes,
J'aurais aimé que Dieu, là où tout n'est que hâte,
T'aide à trouver le but, le temps d'une devise.
Je suis un homme, seul, et sans aucun orgueil.
Puisque j'ai tout perdu, il me reste le deuil
D'une vie pleine d'amour, de joie, de mystère.
Mais qu'importe le temps, puisqu'il reste l'espace.
Partir... Oui, voyager, pouvoir suivre la trace
De tant d'aventuriers, qui ont aimé la Terre.
La mer de la Timidité
Lorsque le temps doit changer,
Il m'est difficile de parler.
Alors, je reste muet :
La mer de la Timidité.
Plutôt que de rêver
- Plutôt que de rêver, j'ai choisi de bien voir.
- Rêver n'est pas un mal, mais voir est un devoir.
- Le temps dévore tout ! la vie est bien trop brève !
- Je crois l'avoir connue, mais n'était-ce qu'un rêve ?
- Hier est déjà mort, demain reste à venir.
- Marie, reste avec moi, un enfant va venir.
Celle qui te fait planer
D'elle, tant ont parlé. Celle qui te fait planer,
Elle crée l'argent noir, elle danse avec les morts.
Elle n'apportera que des roses sur ton corps.
Tu aimes la toucher, celle qui te fait planer.
Je te croise parfois, tu restes son esclave.
Je ne mérite pas ce mépris dans tes yeux.
Pour celle qui est mon roi, je ne suis pas sérieux.
Elle aime l'âme foulée, resserrant nos entraves.
Le sanglot des vilains
Le sanglot des vilains a déposé l'automne
Sur vos pieds, d'une langue amère et monotone.
Mais que vaut la pluie sans le vent de l'ennui ? Trace,
Ne t'approche pas ! Oui, si les guêpes s'enlacent,
Elles cachent leurs dards et tu n'es qu'un lapin.
Si un sage tu es, n'oublie pas l'escarpin.
Cascade
C'est du courant alternatif :
- Qui étais-tu, belle inconnue ?
Sous les mots, le roi est tout nu.
- Je suis la mer et le rétif.
- Terre, ennui... Je tombe des nues !
- Tout va très bien, le compte est nu !
Mais, au fond, tout est relatif.
Guadalupé
Etendu sous l'azur,
Saoulé par la luxure,
L'aube descend ravie
Au port de Nairobi.
Un bateau m'y attend,
Au soleil du printemps,
Son beau corps chaloupé,
Pour nom Guadalupé.
Le vent berce ses voiles,
Et le ciel les étoiles.
Et une femme en poupe
Ondule de la croupe.
Ses yeux en demi-lune,
Telle sur l'or la rune,
Lançaient un message :
Sus ! à l'abordage !
L, fenêtre d'un corps
L fenêtre d'un corps
Léa pièce manquante
C de l'ode à l'accord
D' exquises, aux délinquantes
M.P. mi-lune, décor
Cédille soleil, sécantes
Terre de feu
Ah ! les manies d'un Noir. Têtu ! Dante ! ennemi ?
Oui mais, dans ton récit, Satan pourrait te croire !
Aussi pour toi, mon cerf, je m'appelle Artémis.
Sur ma terre, aucun lieu ne te cache, crois-moi !
Domine et tu t'en sors. Feu ! Joue, avec ton corps.
Ah ! si rude est l'effort pour te peindre : paresse ?
Ecrire, toujours écrire
Ecrire, toujours écrire
- Et parfois, l'envie d'en rire -
Pour parler du temps qui passe,
D'une beauté qui se lasse
De n'être prise qu'avec ivresse,
Et qui vous caresse, et qui vous blesse,
Et que l'on aime, sans savoir pourquoi.
Ah, mon Dieu ! et tout cela rime à quoi ?
A voler, à « tuer » l'enfant :
C'est ce que pense l'olifant.
Ecrire, toujours écrire...
Et parfois, l'envie d'en rire.
Cléopâtre
Elle l'avait hélé.
En elle était la clé
De ce rêve passé,
Mais jamais effacé.
Tout est trempé dans l'eau,
Mais c'est lui le salaud.
Quand on lève le rideau,
Elle n'est pas le fardeau,
Mais l'étoile d'un berger,
De sa terre passager.
Nulle part
La station d'essence et l'arrêt du bus.
Cette voiture est blanche, la belle occasion.
Une femme en noir ; sur l'allée, une blonde.
La vie, Brocéliande, ma tendre adorée :
- Ô pauvre enfant, tu es mon Esclarmonde.
- Nulle part, d'ailleurs, si ce n'est toi, Manon.
Au bord de la piscine
Au bord de la piscine,
Chaussons et ballerine.
Petit pied somnambule,
La blonde déambule.
Le râteau est très sûr,
Mais la nuit c'est blessure.
Le mari n'est pas loin,
L'oreiller l'était moins.
Pouvoir de déchéance
Tu règnes sur un monde
Où la nausée abonde.
Tu crois l'avoir souillé,
Mais ton disque est rayé.
En lui est ce pouvoir,
Car tout est à revoir.
- De ce trône je te prive,
Tu seras une captive.
Dans la rue un je t'aime
Dans la rue, un je t'aime étendu à tes pieds,
Dans un dernier sursaut, s'accroche à tes souliers.
D'avoir heurté ton dos a provoqué sa mort.
Avec du sable d'or, tu recouvres son corps.
Un nuage parcourt le ciel bleu de tes yeux,
Suivi par les éclairs et les larmes des dieux.
Le ciel m'interroge : « Est-ce bien toi le coupable ? »
Et mon cœur répond : « Oui, car tu es adorable. »
Papillon
Une jeune femme blonde papillonne d'homme en homme
Et butine les âmes fragiles et moribondes.
Quand s'efface son appétit d'ogresse peu féconde,
En délicatesse, alors la rupture vient pour ta pomme.
Finir
La main moite là où tu sais.
La barbe, Anne, est-ce que ça pique ?
Ton visage est comme une étoile.
Entre tes seins, baiser, soupir.
La rose est noire au bas du dos.
Là, sur ton lit, on se prépare.
C'est ton ami ? Un peu rasoir.
Enfin, finir... Pourquoi finir ?
En elle
En elle était un dieu, son ami le serpent.
Un péché... Elle pleure, aussitôt se repent.
En elle, Eve riait quand pleurait son amant.
Son corps est une pomme, et son cœur un aimant.
En elle, l'ange œuvrait quand elle était démon.
Embrasser l'univers, l'esclave et le sermon.
Regrets
Quelques regrets éternels
De n'avoir aimé celle
Que jamais le cœur n'appelle
Et qui, trop tard, se révèle.
Quelques remords bien cruels
De n'avoir choisi celle
A l'amour pourtant réel,
Mais qui, pour le cœur, n'excelle.
Devant une page blanche
Devant une page blanche,
Aux idées, il reste étanche.
L'une d'elles se fraie un chemin
Et arrive enfin jusqu'à la main
Qui la dessine sur le papier :
Elle prend la forme d'un beau pied.
Une idée traverse son esprit,
Celle que ce corps n'a pas de prix.
Elle le remplit de désespoir.
Elle le prenait pour une poire !
Mais Dieu ! que la route est longue !
C'est là une figure oblongue.
Pour arriver jusqu'au visage,
Il faudra traverser les âges.
Une femme sur son lit
Une femme sur son lit... Et une main nue
Caressait sa plante, et la splendide inconnue
De rouge recouvrait les ongles des orteils.
Pour l'homme à genoux, la femme est une merveille
Et lui toucher le pied est un appel aux sens,
Dans l'attente enfiévrée d'exquises récompenses.
Au paradis
Il brûlait à jamais - la plus belle des flammes -
Sans rien à faire que de connaître la femme.
Attiré par les pieds harmonieux d'une fable,
Tout près d'une houri, devisait un affable.
Toboggan
Un immeuble, un huit, un carré de sable.
Une femme et, dans les mains, un ballon...
Le sous-titre, en bas, est-il un enfant ?
Triangles blancs, corps à corps, toboggan.
Entre pilier et pilori : le treize.
Crevasses, matin frais, femme lascive.
Un nouveau triangle, au sommet néant.
Au bord du fleuve
Au bord du fleuve de tous les péchés,
Elle se tenait là, prête, à l'affût...
Etait-elle l'appât, ou bien le chasseur ?
Corps et cœur à jamais s'étaient-ils séparés ?
Je passais mon chemin, un peu comme un reclus,
Mais je pensais à cette femme,
Et, au plus profond de mon âme,
Pour elle je rêvais d'un monde bien meilleur.