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Avant le passage secret
( Louis Dalla Fior – FRA )
DONNEZ-MOI MON HERITAGE :
qu’une fois décédé est devenir contemporain
d’une première mort qui ne s’achève jamais ou ne suffit
puisque ses instants suffisent pour eux-mêmes dès la naissance
et ne se prêtent guère à l’analyse ni à l’histoire
qu’aura été toute ma durée de vie jusqu’au bout :
aussi sentirai-je que la mort n’est pas morte :
COMMENCEMENT
Comment s’y prendre une fois de plus ?
Désir de parler et peur du commencement.
Revenir au moins deux fois sur les moments
et les lieux passés, les observer de mémoire, agir,
chanter l’antériorité donc trouver le début d’un chant,
c’est la colère, le rapt, le cri, le va-et- vient à cet endroit.
L’entourage et les êtres présents ou absents qui étaient
avant notre escience
eh bien sans dire un mot de plus
trouvons-leur une forme parmi des formes déjà là.
Je sais l’appui se dérobe; travaillons l’art de le retenir
mais voici qu’arrive l’effroi et souvent le désastre oral.
ESPACE HABITABLE
à cet endroit
si fort le vent dans les oreilles
que je ne m’entends plus parler :
si présent l’être qu’on ne le pense pas :
déjà qu’en rien il se présente à nous
à cause de nous-mêmes :
et violence du vent qui couvre ici les voix
surprises par leurs cris mêmes :
alors quelle sorte d’audition se met en place
quelle étendue entre vent et voix s’installe
qui régira le principe d’une habitation
à construire en l’unité de lieu, de jour et d’action :
les gens le cœur ainsi ventilé
se comprennent par gestes et bribes
leur lit le vent l’enveloppe
mais forte l’extension de leur corps dilué
par goût de se taire à force de la chose tue
et pour mieux écouter par le détail l’affaire
que leur raconte le vent :
le défunt allé au néant, tu ne l’as pas retenu
or tu pouvais prendre sa place
mais il eut fallu plus de vide et moins de cœur
il te reste la consolation d’avoir été ensemble
à retirer la bonde qui obturait l’accès aux respirations
liées les unes aux autres pour le passage
vers ailleurs qui ne désigne plus
mais qui fait de l’ombre en gardant ses distances
J’ai su qu’un endroit existait au-delà du mien, mais je n’ai pas su comment faire pour l’atteindre et le découvrir. Fallait-il traverser d’abord plus d’une étendue vide ?
Le silence à mesure
que l’on entend très exactement.
Un profond silence en escalier.
Il dépose sur le cœur ce qui reste
quand on a enlevé
tout ce à quoi l’on est habitué
dans la chambre, dans le monde
et le souffle d’air à mon oreille
qui se ferme à tout
depuis le proche jusqu’au lointain.
Le silence c’est la mesure d’un temps de retrait
dont je sens mieux l’indécision présente
avec l’avènement des caresses
sur un corps autrui et non défunt encor
malgré l’expectative et la réciprocité.
Étendue désertée
Maintien en position de l’air qui ondoie.
Le soleil se lève au fond d’une vie sous la main.
Un souffle d’air correspond au retournement en bloc
de la nuit à l’intérieur d’un amas devant les yeux.
Sans région d’échelles le silence.
Les pierres au fond du ciel et de son principe
infrangible comme un feu qui nous vieillit.
Nos manœuvres à travers les flammes
vivent plus que nous. On ramène l’horizon à ce feu.
Le corps est posé sur son ombre
qui hérite de sa cause et de son plus proche parent.
Phénomènes induits par le désordre.
Fortes les crépitations des formes
nous soustrayant de la nada et qui nous y conduisent.
Mais ces formes comment les savoir par cœur ?
BORD DU SPECTRE
Fraîcheur légère sous le cerisier.
Feuilles éclairées du figuier.
Verger avec sa contenance en lividités.
Le rayon de soleil jusque dans l’herbe
où j’écoute le froissement des brins.
Tête parmi les verts, les oxydes et les remuements.
Vitesse d’un mouche sans discernement
au-dessus des engrains.
Grappe de cerises qui miroite.
Ensuite les heures, leur hâte sous le ciel
dont les nuages fixent les quatre coins vus
d’abord entre les branches
ensuite entre les feuilles en leur pendaison.
Les ombres sur le sol chaud bougent.
N’y prennent jamais appui.
Elles évitent la feuille morte.
Enfin, entrevision de filons d’or.
Noirceur de la terre grasse.
Et lueur dans vos yeux
lorsqu’ils voient descendre le jour
et qu’ils mesurent les progrès de la descente
avec le rouge des cerises qui s’éteint
pendant que les nues flambent.
*
Allongé sur l’ombre du cerisier
je regardais trois brins d’une herbe
lesquels tentaient de secouer une luminosité
qui leur tombait dessus.
Massive la pénombre causée par un chêne.
Sans écho le chant du merle.
Et sans volume le ciel malgré les cirrus.
Odeur forte de l’herbe chauffée sur place.
Retroussées les feuilles, les herbes hautes,
les lumières oui qui vernissent la couleur,
par le vent, mais non pas l’ombre
ni le regard ni l’oreille.
Le vent. Soudain une seule
et unique rumeur
pour tous les éléments présents
sous le vent et ses phénomènes.
Forte agitation des branches supérieures
et balancement tranquille
des branches basses.
Idem pour les régimes de l’ensoleillement
dans les arbres ou dans les puits.
Le reste est pudeur.
Le reflet s’étend à tout l’être.
Il était là avant lui.
Le ciel affecte la densité d’états
au voisinage des bords du torse ou du spectre.
Les nuages sont des nœuds.
Il suffit pour cela d’entendre par nœud
tout changement de signe dans la suite ou sites.
Le terme en (être) conduit à une attente.
Une vague prend sans délai l’image du terme.
Alors nous le voyons de plus loin.
Les moirures d’une eau tremblante
ne laissent pas voir le fond.
VOULEZ-VOUS ME QUITTER !
*
Les hivers s’achèvent mais la clarté de leurs ciels
ne s’achève pas à travers vos pupilles
ni le silence qu’ont laissé les neiges
dans votre chambre secrète.
Ce cas limite est soluble.
Ses images sont successives en
suite infinie de distributions.
Ce cas est le plus grand entier
égal à cet escarpement dû au soleil
égal à ces éboulis dans l’herbe
et dans les renoncules en cymes étalées.
Les heures partent et vous enlèvent du temps.
Le creux qu’elles font de bonne heure
se situe au cœur mais l’air y arrive
qui fait croire qu’on avance ( sans savoir où)
dès le départ des heures en une durée
dont vous-même ne savez rien
sans cesse en train de partir pour rien.
Une ombre quitte le sol
pour presque monter dans vos yeux.
Vos lèvres essaient de le dire .
Or un murmure sous l’ombre revenue
montre que quelqu’un s’y est retiré.
Alors dans ce pur désordre contemporain
vous allongez l’existence de ce corps
qui vous emmène explorer des recoins.
A présent vous aimez l’inconnu
au fond de la chambre, un drap sur la tête.
Se lever durant la nuit dans ton oeil pour voir
Une mélancolie en forme de larmes
Se tenir sur son propre cœur pour n’envelopper plus
Sa présence unique et si tu veux vivre laisse-le
Et, en pleurant d’amers pleurs, jette-le
Le tant aimé pourtant Laisse-le rouler
Jusqu’au pied du passant en marche
Vers la bonne soif Laisse-le sans y toucher
Jusqu’à l’arrivée de son parfum comme
D’une étendue à laquelle tu donnes des limites.
Hors de soi il se tourna vers des autres
bien mieux livrés à eux-mêmes
Il vit ce qui se passait en restant fidèle
Il crut au pouvoir de tenir en haleine sans prétexte
malgré la sorte de distance ou va-et-vient
que constate l’existence une fois en vie
avec nous et avec justesse/
*
Près de chez lui un frêne bouge
très haut et qui répond terme pour terme
à l’immobilité du ciel
jusqu’à ce que le mouvement une fois dit
lui permette de rester hors de soi
parmi les gens en paix et dans une saveur âcre
qui lui prend sûrement la gorge
et qui vient du temps qu’il perd
à regarder un arbre et un ciel en dedans
Mais tous deux ont des efficacités/
On n’a plus revu de pareils rôles.
LE FILON AURIFERE
Le vent débarrasse le ciel de ses événements.
Moins d’ombre le long des murs.
La forme unique des moments en un désir
qui s’accroît ne permet plus aucune figure
même pour rire, menace profonde et fureur.
Prends et goûte et, goutte à goutte,
étouffe la bouche toute de ton doute
où commence et recommence
le filon d’or tantôt dans l’eau tantôt aux buissons
sans égard ni mesure sinon par les apparences
pour les gens qui en perdent leur nom.
Moins de monde alors.
Mais désir de longue fougue où bouge
un corps, où s’entendent des rires. Oreille que tentent
tes mains, tes lèvres et ta puissance de géant.
IMPLICATIONS
PRINCIPIALITES
Ciel si bas qu’il soulève deux dieux-îles-rochers
Vagues si lasses que le soleil-astre y traîne
Et lointaine l’âme succincte arrive au sol-terres
Il disait : Ta force ? à peine les brèves braises d’un sol.
Des nuages courent montrant leur ciel
Quelle tête d’ange passe qui relève leurs franges ?
Leur ombre au sol rabat encore une lisière
: Déchire ton châle je ne te verrai que ravir ta nudité.
Un rayon sous l’astre pareil à ta jambe
lorsqu’elle trouve un caillou sous l’eau
Les sources n’iront qu’à tes chevilles
prises en d’étranges mœurs
: Leur transparence fait que tu ne vois plus venir le présent – motif absent.
Saison, le sol se met à hauteur des toits
Le lit dans la chambre rougeoie
Le crâne vient sans horreur à ses propres raisons
: Rien d’autre.
Si le mur à son affaire enclôt le jardin
alors ton bras entoure quelle brise
dont le passage comme un frisson
: Où le corps tremble quel cœur reste ?
Si tu me dis que je meure à moins d’un rêve
alors ta vie n’est plus seulement pour demain
mais je devine où aujourd’hui s’éteint
: Un souvenir que l’on garde depuis l’enfance.
Si mes pas l’un après l’autre suivent les tiens
alors reste à jamais devant moi, tout probable,
car si je te rejoins c’est la mort
: Est-ce vrai que ma fin soit en même temps la tienne ?
Si j’ai vécu comme un texte
sur la brique ou la peau ou le jonc lessivé :
les empreintes eurent pour moi des silences de fer
: Ce que tu réussis à lire, je l’ai presque su.
L’écume croit monter à la tête des arbres du jardin
que n’étonne plus la descente du soir
avec son peuple de dernière heure
: Juste une ou deux secondes.
L’herbe sans souci autre que l’ombre ou la rosée
Elle aussi tremble quand se retourne
un visage au bout du bas jardin
: Renversé comme un talus mais l’éblouissement alors !
Le nom de famille emportait mes événements
Ma vie se dirigeait vers une contrée inaudible
Et la personne du nom était le dernier vertige
: Les amis déjà à fond de fosse et puis l’ange jeté.
En rumeur la mer reprend aux terres leurs distances
Une flaque baigne davantage mes pieds
dont l’écart paraît provenir d’en haut
: Quel autre socle qu’un intervalle allant à son terme ?
Nos ténèbres mondiales
sont elles aussi fragiles
Mais les lueurs qui les traversent durement
ne sont le moins du monde comprises dans une mesure
: Trop de nuit depuis ta visite avec des gens.
La part de toi plus ardente hors de toi
désormais te touche et te sauve en vrai
du pur suspens en sa dévoration
: Ne viens pas pour m’aimer.
A peine exister devient une phrase creuse
Repartir au prestige a ses causes
que le sens d’une vie fredonne à défaire
: Vivre ne te laisserait pas vivre uniquement.
Si personne n’est au fond jamais seul
cela achève même l’Unique en somme
Son vieillissement : un tombeau qui se peuple
: Est-ce que l’ampleur et le nombre ne me sont point nécessaires ?
Larmes devant les feuilles fraîches
dont le vent secoue l’ombre ancienne
sur le mur dont les pierres deviennent vieilles
: Pourquoi, réponse, me faire perdre soudain jusqu’à l’ombre ?
Enfin la nuit entrait dans le lit clair
Le couple ne veut plus savoir d’où il vient
car ce début où le corps va le retient
: Bientôt ...
Après les chutes et l’orage
l’arbre à fruit s’est entouré le pied jusqu’à l’os :
Çiva qu’une légende ronge déjà
: Tes phrases chutent avec les pierres, pareilles aux pierres.
Si le vent fascine les yeux
qui vient demeure devant nous
Mais déjà cet effroi, le trou, le vrai deuil
: Arrive au moins jusqu’à l’herbe là-haut.
Dites est-ce que vous m’avez aimé ?
Quelle attitude alors ?
Trois pas et un sillage et le danseur va loin
Or le prochain a passé qui le rejoint
CONTINGENCE
Orales, la forme d’existence en cas limites et voisinages,
La déité des éléments après les avoir dits,
Les attentes et réserves pour l’homme
Qui regarde autour de soi d’un regard presque vide
La pente céleste en mimésis (sans rive et sans rire) d’une aurore
Descendant pour créer encore une fois les couleurs débitrices,
Les myriades de manières d’être sans raison
Ni recul ni la rumeur unique d’un feuillage.
Que tu sois vivant ou que tu sois mort
Tu entends se taire l’écho de ta propre voix.
Mais ton écoute ne perçoit plus la mienne.
Ce que j’auditionne est plus proche que ta voix
Dont l’écho aura pourtant franchi la chambre.
Et silence cet après-midi des plus proches voisins,
C’est-à-dire du relief et du faciès et des bouches,
Sauf moucherons et vol bas d’une pie.
Plus loin, c’est le firmament superflu.
Mais de l’or parmi les herbes et un ensoleillement fort
Ensoleillant des talus. La lune basculera dans le fossé.
Le vent avec le bruit des peupliers se place derrière
Un corps fatigué qui s’éloigne, qui essaie de fuir !
Haute, l’herbe folle ; elle effleure des cuisses
Dont les jambes enjambent les ombres une à une des tiges.
Tout a l’air désinvolte malgré les schémas
Remarqués sur les cailloux et les roches.
Paix (précaire) des souffles dans les airs.
Calme (instable) des instants à cette heure
Qui apaise l’heure qui imite l’instant
en une convergence visible que tout le ciel examine
pendant que nous avons le dos tourné.
CHOSES SINGULIERES ET CONTINGENTES
Un corps qui ne s’ajoute à un corps
Et ne se couche au second corps
Et qui donne pourtant une somme
Mais déjà résoute en ruissellement
Sans que l’on ait eu le temps
De l’apercevoir au présent
*
Savamment le vent secoue les tilleuls
Ils écoutent tremblants l’effet
Que produit l’espace d’une étendue précise
Qui se remplit d’un curieux silence
Une de leurs feuilles dorées simule
Cette transparence que possède pour l’instant
Mon souvenir du passage à revers
Du vent dans un tilleul à petites feuilles
Ainsi quand plus profonds sont les lointains
Plus ils deviennent mon intimité en la circonstance
HYLETIQUE
Une bruyère était là pour accueillir notre sortie.
Effondrement de la voûte causée par la pression du ciel.
L’arbre pleureur tantôt vert vif tantôt grisâtre saluait l’exploit.
Puis un verger en pente indiquait enfin la maison.
Des nimbus traversaient le ciel en changeant de forme
Et rendaient l’heure lente et bousculée.
Leur étendue ignore la substantialité.
Leur ombre épouse creux et crêtes des vaguelettes
Du seau posé au milieu d’une terrasse.
Vite obstrué l’accès par lequel dès la naissance
Je pénètre dans les ombres la main dans la main.
Accès à quoi ? Quelle forme ? Où est-il ?
Veut-on retrouver quelque réel ? Ou
Peut « importe » que son objet existe ?
TON DIEU BLASPHEME
Bondir pour la chute au sol et la crapule des plaisirs
ô cette écume de la mer d’où débuchent les désirs !
Et le fruit amer et cher, arrondi d’un crépuscule,
De la nocturne branche trébuche et d’agoni(e) mûrit et pullule.
Et le fru-it en sa chair trop crédule à jou-ir.
Le fruit de ton jeune ventre vient de faillir
Encore et son corps brûle qui luit de lune.
Ton dieu s’abaisse et se renverse, tu le caresses.
RALES SOMBRES
Parmi les râles longs et sombres et fournis
De nos labours qui brillent en esprit sous la brume
Trois fois fausse est ton apparence à la fois que ton corps.
Invitation de détresse et de décor
Dont le vain rêve s’évapore en heures et ne laisse
De sa venue qu’un faible écho qui se perd
Au fond d’un val où les arbres défaillent.
Il faudra recommencer et encore recommencer
Et recommencer encor la même heure délivrée.
Les râles et rages de nos deux têtes sous les nuées
Comme de la poursuite et des abois de la bête bondie :
De l’amour et de la mort où cette chair se séduit :
Nous nous sommes ensemble sans hallali
Confondus en la cendre, en l’ombre, en sommeil
et le jus vermeil et recru en allé avec la fin du sexe
a laissé voir que les morts boivent et respirent.
LES ETERNELLES PROMESSES
Les éternelles promesses aux caresses se mêlent
Elles grandissent et se lèvent et s’évanouissent
Bacchante aimante et démente et c’est la chute ou le supplice.
Énorme instant que ce délire et cette démence et ce désir
D’un retour vers les jours d’hier dont un reste
Pend aux arbres tel un lambeau animal
Et sans sauvage dessein perpétu-el.
Serait-il chaos que j’y verrais l’ inceste
A mon tour après toi qui te contiens.
Bacchante aux assauts horaires dès maintenant
Cherchant à séduire encore l’aïeule sensu-elle
Et veuve du présent comme l’est la belle façon de l’un.
Est-ce ton dieu même qui te rappelle notre affaire ?
Celle de ces heures passées qui font la matière d’hier.
L’ARDEUR
C’est l’heure de ne plus rien offrir,
De désunir durement les heures à nos jours
Qui attendent dehors que le sort d’un songe perde son image.
Il est temps de rompre le séjour en vie
Et le sombre accord des contours qui s’assemblent.
C’est le temps de ne plus choisir.
C’est l’heure de fu-ir et de la seconde de refus.
La meute même de l’autre langage
Qui monte comme fauve et sonore à l’assaut
De nos intimités et de la mienne éloquence,
Exprime pour autrui le manque de salut sur l’heure.
Mais je m’en fiche de cette claire vérité
Si ne vient éclore dedans un éternel enchantement
pareil à une averse contre le silence d’une étendue.
LES RECURRENCES
L’ardeur des sens, l’odeur des désirs.
Et le jour, autour, me répète à me séduire
Et me tente à mes douces approches.
Oh! que l’horizon anéantisse l’avance
A l’égal des caprices, la malice ! des blandices.
Oh! dessein de fuir encore une fois
Avec de la terre aux pieds, sans cesse mûre
Et qui surabonde. En son parcours n’est pas,
Qui sombre, l’épaisseur. N’a pas en soi,
Qui se déplie, de ciel dont déchoit la nuit.
Le dieu enfin que je crois connaît les saisons.
Errant peut-être, en tout cas épars à foison
Il a chu vers les retours dont il possède l’art
Pour la seule convenance d’autrui qui déchante.
C’EST LA FIN
Voici ma peau, voici mes os
Et voici mon cœur sans candeur.
Voici les champs accomplis d’aurore.
Voici la carcasse, le désir et l’horreur.
Si ce que je sais et son mensonge
A mes reins est trop lourd
Et que la tête chancelle, étreinte
Du cours des jours, eh bien de ces limites
Se relève l’intime que le vent malmène.
Et le butin des ombres a trop de zèle.
Pourtant
Fertile est le coteau car de son désert
Un tombeau perce la pierre aride qui
Entière se déverse et s’éparpille à flots
De genèse claire et limpide
et intime où s’unit et l’instant et le désordre
et l’égarement en l’absence brusque de contours
comme si le temps, toute durée finie,
passait quand même à travers toi.
Une graine de conifère
dans une fente d’écorce :
la mésange reviendra.
Un soulèvement des eaux :
le dos de la baleine réapparaîtra.
Plus rien ne menace.
RESPIRATIONS
LE POIDS DE L’ESPRIT
Intelleto d’amore
Où aller qui ne soit une proie
quand tout est en train d’être proie ?
Où donc s’alléger de son effroi
quand tout pèse lourd à bon droit ?
La mort de l’un ne saurait être seule
mais comme l’air qui est partout
et qui semble nulle part.
SUR LA PLAGE
La somme de sa présence déçoit.
Un illustre élan dans cet effondrement.
Accès, le rire ardent d’un esclave
accumule d’or ses fruits
pour d’autres déduits !
Cette fleur immense et rouge
qui s’élance et qui bouge
qui incante en caresses !
La vague que la vague monte et s’inonde
Et la vague s’avance et la vague en descente
rencontre la vague en triomphe qui la dompte
et les deux ondes se mordent
et s’emportent et s’encombrent.
Tout propice à l’allongement du corps.
L’expérience de l’âge
Il ne tient plus à la parole donnée.
Il est à son veuvage.
Comportement de la solution
sous la forme d’une mesure
de la force du désordre
en unités de dernier jour contemporain.
Grande la hâte de retourner chez soi.
Mais on s’arrête en chemin
afin d’observer soit une mésange agile
soit une graminée grêle :
elles nous avoueraient quoi ?
Le résultat : sur la pupille un dépôt (de sel)
probablement dû à la vision laissée
ici et là, ici et là parmi les effets du réel
hétérogènes.
AMOUR
terrestre la parole meurt mais redevient
à même un di-eu fol
énorme instant devant soi
en une suite fluide
quand le flot n’est qu’un flux
où s’écoule une voix accrue
et un choix pur
de la venue de ces eaux
ne sort nul corps
ne se brûle de mort
si j’y consens, amour,
ce dieu s’abaisse et se renverse
parmi les râles longs et sombres
et pourris et les rages
où cette chair (son or mûri) se séduit
une fois en allé le deuil
et la retraite qui recèle
d’une faillible vie qui se donne
à chaque accueil
et n’évolue que dans des flux sans répit
connaît la mort de rudesse
et jamais plus sa tendresse
le mi-en monde en ombres abonde
(fraîcheur toujours de sa neuve saveur)
dont l’image, le visage se cache suave
en les feuilles de tilleul, se penche,
se propage parmi les branches
et remonte intègre l’essor d’une sève
mais plus de Silène qui chante
dans un vieux cantique et
enfin aucun dieu n’est véridique
CATASTROPHE
Entendrais-je quelques éclats de rire ?
Tcheck-tcheck-kerr ! Tiens – dérision –
fauvette épervière moirée dans les broussailles ;
crécelle rauque, sa présence.
Effet risible du présent sur nos yeux et dans nos oreilles.
Il montre la catastrophe
des projets d’un mouvement
du langage en nous malgré
la justesse d’une image.
Projets vains car ils ne posent plus la question
du lieu précaire et du nom provisoire.
Comique le sérieux de la parole nécessaire
insuffisante non pour les étoiles
mais pour elle-même une fois exprimée sur le terrain
lorsque, à certaines heures bénies, le corps perd pied.
Le signe de la femme est encore le voile.
Présence d’une aide et d’un service
mais jamais plus sous la forme du mysterium caritatis
que sont toujours la virginité et le présent, dans cet ordre.
ô dante et béatrice, michel-ange et vittoria colonna,
hölderlin et diotima, goethe et de stein, richard wagner
et mathilde wesendonk , jean genet et ses parents de la dass
où le « je » fait place au « nous » spontanément!
Femme équivaut au fiat mihi ! elle n’est pas personnalité
ni l’unique donc le périssable : Die Frau in der Zeit,
Die zietlose Frau : elle ne connaîtrait que l’amour ?
Et, profane, Béatrix demande au Dante de la reconnaître
et en ce miroir il regarde s’il a été aimé à travers
toutes les nécessités du corps et la fatigue du chemin.
Il n’ y a qu’un seul enfantement, celui de l’enfant
par la mère, il y aussi l’enfantement de l’enfant par
une paternité bien plus esciente que l’accouchement
de l’être enfanté, soigné et gardé. Supprimez tout,
la paternité restera et c’est une énigme
et c’est le côté impérissable. Mais une femme n’est
pas seulement la mère de ses enfants ! Elle figure
souvent cette paternité que l’enfant déchire en naissant,
déchire le sein , déchire le cœur, l’agrandit et l’ouvre
pour tout ce qui est petit et démuni
et abandonné à cet instant. Une paternité : le temps
qui s’écoule entre naissance et mort ne l’encadre pas
dans son efficace à nous donner nos élans en vie.
Le signe de l’attraction universelle est le miroir.
Il montre un dessaisissement et un corps à corps.
Il épuise un fonds et met en marche une douleur
et une souffrance
dans la chair et les os : le corps ne se trouve
jamais sur un terrain plat sauf en pleine mer
alors il n’a que ses jambes et ses bras livrés
à eux-mêmes ; corps libéré certes
mais dans un milieu où il ne peut aucunement vivre,
où il trouvera une mort certaine car il ne s’appuie plus
sur ses pieds ni avec ses mains : montée ou descente s’effacent.
En nageant il invente une résistance, une saisie, un appui, un habitat.
Oui, c’est sur la mer que descend, visible, une éternité vraie.
Et là, où le soleil disparaît nos regards disparurent souvent
afin de revenir avec davantage de détachement
car nous ne pouvons nous réduire à rien.
SORTE DE PATERNITE
La paternité ne se perd jamais :
Plus que le fils pleuré par ses parents
mais moins que les ondées
qui laissent la paternité prendre forme.
Plus qu’un lieu, un lien par intermédiaire
mais non pas unique en son genre
et non pas plutôt sa figure.
De l’externe, elle deviendrait visible non pour rien
hors lumière du jour, hors noirceur de la nuit
comme une (belle) seconde
qui nous traverserait et que nous sentirions
avoir perdue depuis longtemps
avec une douceur immense.
Ayant pour tout bien au monde
cette espèce de paternité sur le point d’être
terriblement vivace. (En vrai chrono.)
PARENTE
Des ondes ardentes vivifient les mœurs et le sang :
Le pater is est quem nuptiae demonstrant
Avec le bris du rôle de géniteur sans renoncements
Qui s’en remet au sûr amour de son propre père
Avec les deux sexes, l’engendrement, la succession des naissances.
Qu’en son entier le père doive à la différence
Alors cette cause il faut qu’elle cesse et disparaisse
Pour que vienne enfin la filialité :
Un frère de père est un père.
Une sœur de mère est une mère.
Mais l’occasion nouvelle ? Les germes et la croissance?
Ou feras-tu en toi et de toi, monstre, une autre appartenance
Recommençant le saut du nombre ?
En passant par l’alliance hors consanguinité
Hors redoublement mais avec une équivalence sauve :
Tout enfant d’enfant est accompagné par affinité.
Adoption ? sans patrie ni fratrie. Assurément.
AFFINITE
Filiation, alliance et résidence sont espaces vierges.
Et inhabitables en l’état.
La pluie est solution exacte.
Le jour semble être à son heure.
Les hauteurs certes sous l’horizon
mais les yeux sur l’horizon.
L’ombre tombe des toits.
L’eau au sombre définitif sous le pont.
Le ciel se tait puisque étant notre intime.
L’aube maintient sa fraîcheur.
Une goutte (de rosée) au bord d’une feuille
comme elle hésite avant de ne plus compter !
Un instant comme un baiser dans l’ombre
quand une branche te prend par l’épaule.
Des draps de fièvre enveloppent un crâne
tout vif encore dans une immédiateté.
Puis les vagues de la mer brasillent.
La confiance est neuve dès à présent.
Inventer un point de départ pour un engendrement…
APPARENCES
Donnez-moi mon héritage
Commencement
Espace habitable
J’ai su…
Le silence…
Étendue désertée
Bord du spectre
Allongé sur…
Le reflet…
Voulez-vous me quitter
Se lever…
Hors de soi…
Le filon aurifère
IMPLICATIONS
Principialités
Contingence
Choses singulières et contingentes
Hylétique
Ton dieu blasphème
Râles sombres
Les éternelles promesses
L’ardeur
Les récurrences
C’est la fin
RESPIRATIONS
Le poids de l’esprit
Sur la plage
L’expérience de l’âge
Amour
Catastrophe
Le signe de…
Sorte de paternité
Parenté
Affinité