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Avant le passage secret

(  Louis Dalla Fior – FRA )


APPARENCES


 

 

DONNEZ-MOI MON HERITAGE :

 

qu’une fois décédé est devenir contemporain

d’une première mort qui ne s’achève jamais ou ne suffit

puisque ses instants suffisent pour eux-mêmes dès la naissance

et ne se prêtent guère à l’analyse ni à l’histoire

 

qu’aura été toute ma durée de vie jusqu’au bout :

aussi sentirai-je que la mort n’est pas morte :


                                     COMMENCEMENT

 

Comment s’y prendre une fois de plus ?

Désir de parler et peur du commencement.

Revenir au moins deux fois sur les moments

et les lieux passés, les observer de mémoire, agir,

chanter l’antériorité donc trouver le début d’un chant,

c’est la colère, le rapt, le cri, le va-et- vient à cet endroit.

 

L’entourage et les êtres présents ou absents qui étaient

avant notre escience

eh bien sans dire un mot de plus

trouvons-leur une forme parmi des formes déjà là.

Je sais l’appui se dérobe; travaillons l’art de le retenir

mais voici qu’arrive l’effroi et souvent le désastre oral.


                                    ESPACE HABITABLE

 

 

                            à cet endroit

si fort le vent dans les oreilles

que je ne m’entends plus parler :

si présent l’être qu’on ne le pense pas :

déjà qu’en rien il se présente à nous

à cause de nous-mêmes :

et violence du vent qui couvre ici les voix

surprises par leurs cris mêmes :

alors quelle sorte d’audition se met en place

quelle étendue entre vent et voix s’installe

qui régira le principe d’une habitation

à construire en l’unité de lieu, de jour et d’action :

les gens le cœur ainsi ventilé

se comprennent par gestes et bribes

leur lit le vent l’enveloppe

mais forte l’extension de leur corps dilué

par goût de se taire à force de la chose tue

et pour mieux écouter par le détail l’affaire

que leur raconte le vent :

le défunt allé au néant, tu ne l’as pas retenu

or tu pouvais prendre sa place

mais il eut fallu plus de vide et moins de cœur

il te reste la consolation d’avoir été ensemble

à retirer la bonde qui obturait l’accès aux respirations

liées les unes aux autres pour le passage

vers ailleurs qui ne désigne plus

mais qui fait de l’ombre en gardant ses distances


J’ai su qu’un endroit existait au-delà du mien, mais je n’ai pas su comment faire pour l’atteindre et le découvrir. Fallait-il traverser d’abord plus d’une étendue vide ?


Le silence à mesure

que l’on entend très exactement.

Un profond silence en escalier.

Il dépose sur le cœur ce qui reste

quand on a enlevé

tout ce à quoi l’on est habitué

 

dans la chambre, dans le monde

et le souffle d’air à mon oreille

qui se ferme à tout

depuis le proche jusqu’au lointain.

 

Le silence c’est la mesure d’un temps de retrait

dont je sens mieux l’indécision présente

avec l’avènement des caresses

sur un corps autrui et non défunt encor

malgré l’expectative et la réciprocité.


                                          Étendue désertée

 

Maintien en position de l’air qui ondoie.

Le soleil se lève au fond d’une vie sous la main.

Un souffle d’air correspond au retournement en bloc

de la nuit à l’intérieur d’un amas devant les yeux.

 

Sans région d’échelles le silence.

Les pierres au fond du ciel et de son principe

infrangible comme un feu qui nous vieillit.

Nos manœuvres  à travers les flammes

 

vivent plus que nous. On ramène l’horizon à ce feu.

Le corps est posé sur son ombre

 

qui hérite de sa cause et de son plus proche parent.

Phénomènes induits par le désordre.

Fortes les crépitations des formes

nous soustrayant de la nada et qui nous y conduisent.

 

Mais ces formes comment les savoir par cœur ?


                                   BORD DU SPECTRE

 

 

Fraîcheur légère sous le cerisier.

Feuilles éclairées du figuier.

Verger avec sa contenance en lividités.

 

Le rayon de soleil jusque dans l’herbe

où j’écoute le froissement des brins.

Tête parmi les verts, les oxydes et les remuements.

 

Vitesse d’un mouche sans discernement

au-dessus des engrains.

 

Grappe de cerises qui miroite.
Ensuite les heures, leur hâte sous le ciel

dont les nuages fixent les quatre coins vus

d’abord entre les branches

ensuite entre les feuilles en leur pendaison.

 

Les ombres sur le sol chaud bougent.
N’y prennent jamais appui.
Elles évitent la feuille morte.

 

Enfin, entrevision de filons d’or.

Noirceur de la terre grasse.

Et lueur dans vos yeux

lorsqu’ils voient descendre le jour

et qu’ils mesurent les progrès de la descente

avec le rouge des cerises qui s’éteint

pendant que les nues flambent.


                       *

 

Allongé sur l’ombre du cerisier

je regardais trois brins d’une herbe

lesquels tentaient de secouer une luminosité

qui leur tombait dessus.

 

Massive la pénombre causée par un chêne.

Sans écho le chant du merle.

Et sans volume le ciel malgré les cirrus.

 

Odeur forte de l’herbe chauffée sur place.

Retroussées les feuilles, les herbes hautes,

les lumières oui qui vernissent la couleur,

par le vent, mais non pas l’ombre

ni le regard ni l’oreille.

Le vent. Soudain une seule

et unique rumeur

pour tous les éléments présents

sous le vent et ses phénomènes.

 

Forte agitation des branches supérieures

et balancement tranquille

des branches basses.

Idem pour les régimes de l’ensoleillement

dans les arbres ou dans les puits.

 

Le reste est pudeur.


Le reflet s’étend à tout l’être.

Il était là avant lui.

Le ciel affecte la densité d’états

au voisinage des bords du torse ou du spectre.

 

Les nuages sont des nœuds.

Il suffit pour cela d’entendre par nœud

tout changement de signe dans la suite ou sites.

 

Le terme en (être) conduit à une attente.

Une vague prend sans délai l’image du terme.

Alors nous le voyons de plus loin.

 

Les moirures d’une eau tremblante

ne laissent pas voir le fond.


VOULEZ-VOUS ME QUITTER !

 

 

                                       *

Les hivers s’achèvent mais la clarté de leurs ciels

ne s’achève pas à travers vos pupilles

 

ni le silence qu’ont laissé les neiges

dans votre chambre secrète.

 

Ce cas limite est soluble.

Ses images sont successives en

 

suite infinie de distributions.

Ce cas est le plus grand entier

 

égal à cet escarpement dû au soleil

égal à ces éboulis dans l’herbe

 

et dans les renoncules en cymes étalées.

Les heures partent et vous enlèvent du temps.

 

Le creux qu’elles font de bonne heure

se situe au cœur mais l’air y arrive

 

 

qui fait croire qu’on avance ( sans savoir où)

dès le départ des heures        en une durée

 

dont vous-même ne savez rien

sans cesse en train de partir pour rien.

 

Une ombre quitte le sol

pour presque monter dans vos yeux.

 

Vos lèvres essaient de le dire .

Or un murmure sous l’ombre revenue

montre que quelqu’un s’y est retiré.

 

Alors dans ce pur désordre contemporain

vous allongez l’existence de ce corps

 

qui vous emmène explorer des recoins.

A présent vous aimez l’inconnu

 

au fond de la chambre, un drap sur la tête.


Se lever durant la nuit dans ton oeil     pour voir

Une mélancolie en forme de larmes

Se tenir sur son propre cœur pour n’envelopper plus

Sa présence unique     et si tu veux vivre laisse-le

Et, en pleurant d’amers pleurs, jette-le

Le tant aimé pourtant       Laisse-le rouler

Jusqu’au pied du passant en marche

Vers la bonne soif   Laisse-le sans y toucher

Jusqu’à l’arrivée de son parfum comme

D’une étendue à laquelle tu donnes des limites.


Hors de soi il se tourna vers des autres

bien mieux livrés à eux-mêmes

Il vit ce qui se passait en restant fidèle

 

Il crut au pouvoir de tenir en haleine sans prétexte

malgré la sorte de distance ou va-et-vient

 

que constate l’existence une fois en vie

avec nous et avec justesse/

 

*

 

Près de chez lui un frêne bouge

très haut et qui répond terme pour terme

 

à l’immobilité du ciel

jusqu’à ce que le mouvement une fois dit

 lui permette de rester hors de soi

 

parmi les gens en paix et dans une saveur âcre

qui lui prend sûrement la gorge

 

et qui vient du temps qu’il perd

à regarder un arbre et un ciel en dedans

 

Mais tous deux ont des efficacités/

On n’a plus revu de pareils rôles.


                                    LE FILON AURIFERE

 

Le vent débarrasse le ciel de ses événements.

Moins d’ombre le long des murs.

La forme unique des moments en un désir

qui s’accroît ne permet plus aucune figure

 

même pour rire, menace profonde et fureur.

Prends et goûte et, goutte à goutte,

étouffe la bouche toute de ton doute

où commence et recommence

 

le filon d’or tantôt dans l’eau tantôt aux buissons

sans égard ni mesure sinon par les apparences

 

pour les gens qui en perdent leur nom.

Moins de monde alors.

Mais désir de longue fougue où bouge

un corps, où s’entendent des rires. Oreille que tentent

tes mains, tes lèvres et ta puissance de géant.


IMPLICATIONS


PRINCIPIALITES

 

Ciel si bas qu’il soulève deux dieux-îles-rochers

Vagues si lasses que le soleil-astre y traîne

Et lointaine l’âme succincte arrive au sol-terres

 

Il disait : Ta force ? à peine les brèves braises d’un sol.

 

 

Des nuages courent montrant leur ciel

Quelle tête d’ange passe qui relève leurs franges ?

Leur ombre au sol rabat encore une lisière

 

: Déchire ton châle je ne te verrai que ravir ta nudité.

 

 

Un rayon sous l’astre pareil à ta jambe

lorsqu’elle trouve un caillou sous l’eau

Les sources n’iront qu’à tes chevilles

prises en d’étranges mœurs

 

: Leur transparence fait que tu ne vois plus venir le présent – motif absent.

 

 

Saison, le sol se met à hauteur des toits

Le lit dans la chambre rougeoie

Le crâne vient sans horreur à ses propres raisons

 

: Rien d’autre.

 

 

Si le mur à son affaire enclôt le jardin

alors ton bras entoure quelle brise

dont le passage comme un frisson

 

: Où le corps tremble quel cœur reste ?

 

 

Si tu me dis que je meure à moins d’un rêve

alors ta vie n’est plus seulement pour demain

mais je devine où aujourd’hui s’éteint

 

: Un souvenir que l’on garde depuis l’enfance.

 

 

Si mes pas l’un après l’autre suivent les tiens

alors reste à jamais devant moi, tout probable,

car si je te rejoins c’est la mort

 

: Est-ce vrai que ma fin soit en même temps la tienne ?

 

Si j’ai vécu comme un texte

sur la brique ou la peau ou le jonc lessivé :

les empreintes eurent pour moi des silences de fer

 

: Ce que tu réussis à lire, je l’ai presque su.

 

 

L’écume croit monter à la tête des arbres du jardin

que n’étonne plus la descente du soir

avec son peuple de dernière heure

 

: Juste une ou deux secondes.

 

 

L’herbe sans souci autre que l’ombre ou la rosée

Elle aussi tremble quand se retourne

un visage au bout du bas jardin

 

: Renversé comme un talus mais l’éblouissement alors !

 

 

Le nom de famille emportait mes événements

Ma vie se dirigeait vers une contrée inaudible

Et la personne du nom était le dernier vertige

 

: Les amis déjà à fond de fosse et puis l’ange jeté.

 

 

En rumeur la mer reprend aux terres leurs distances

Une flaque baigne davantage mes pieds

dont l’écart paraît provenir d’en haut

: Quel autre socle qu’un intervalle allant à son terme ?

 

 

Nos ténèbres mondiales

sont elles aussi fragiles

Mais les lueurs qui les traversent durement

ne sont le moins du monde comprises dans une mesure

 

: Trop de nuit depuis ta visite avec des gens.

 

 

La part de toi plus ardente hors de toi

désormais te touche et te sauve en vrai

du pur suspens en sa dévoration

 

: Ne viens pas pour m’aimer.

 

 

 

A peine exister devient une phrase creuse

Repartir au prestige a ses causes

que le sens d’une vie fredonne à défaire

 

: Vivre ne te laisserait pas vivre uniquement.

 

 

Si personne n’est au fond jamais seul

cela achève même l’Unique en somme

Son vieillissement : un tombeau qui se peuple

 

: Est-ce que l’ampleur et le nombre ne me sont point nécessaires ?

 

 

Larmes devant les feuilles fraîches

dont le vent secoue l’ombre ancienne

sur le mur dont les pierres deviennent vieilles

 

: Pourquoi, réponse, me faire perdre soudain jusqu’à l’ombre ?

 

 

Enfin la nuit entrait dans le lit clair

Le couple ne veut plus savoir d’où il vient

car ce début où le corps va le retient

 

: Bientôt ...

 

 

Après les chutes et l’orage

l’arbre à fruit s’est entouré le pied jusqu’à l’os :

Çiva  qu’une légende ronge déjà

 

: Tes phrases chutent avec les pierres, pareilles aux pierres.

 

 

Si le vent fascine les yeux

qui vient demeure devant nous

Mais déjà cet effroi, le trou, le vrai deuil

 

: Arrive au moins jusqu’à l’herbe là-haut.

 

 

Dites est-ce que vous m’avez aimé ?

Quelle attitude alors ?

Trois pas et un sillage et le danseur va loin

Or le prochain a passé qui le rejoint


                                       CONTINGENCE

 

Orales, la forme d’existence en cas limites et voisinages,

La déité des éléments après les avoir dits,

Les attentes et réserves pour l’homme

Qui regarde autour de soi d’un regard presque vide

 

La pente céleste en mimésis (sans rive et sans rire) d’une aurore

Descendant pour créer encore une fois les couleurs débitrices,

Les myriades de manières d’être sans raison

Ni recul ni la rumeur unique d’un feuillage.

 

Que tu sois vivant ou que tu sois mort

Tu entends se taire l’écho de ta propre voix.

 

Mais ton écoute ne perçoit plus la mienne.

Ce que j’auditionne est plus proche que ta voix

Dont l’écho aura pourtant franchi la chambre.

Et silence cet après-midi des plus proches voisins,

C’est-à-dire du relief et du faciès et des bouches,

Sauf  moucherons et vol bas d’une pie.

Plus loin, c’est le firmament superflu.

Mais de l’or parmi les herbes et un ensoleillement fort

 

Ensoleillant des talus. La lune basculera dans le fossé.

Le vent avec le bruit des peupliers se place derrière

Un corps fatigué qui s’éloigne, qui essaie de fuir !

Haute, l’herbe folle ; elle effleure des cuisses

 

Dont les jambes enjambent les ombres une à une des tiges.

Tout a l’air désinvolte malgré les schémas

 

Remarqués sur les cailloux et les roches.

Paix (précaire) des souffles dans les airs.

Calme (instable) des instants à cette heure

Qui apaise l’heure qui imite l’instant

 

en une convergence visible que tout le ciel examine

pendant que nous avons le dos tourné.


                                 CHOSES SINGULIERES ET CONTINGENTES   

                    

 

Un corps qui ne s’ajoute à un corps

Et ne se couche au second corps

 

Et qui donne pourtant une somme

Mais déjà résoute en ruissellement

 

Sans que l’on ait eu le temps

De l’apercevoir au présent

*

 

 

Savamment le vent secoue les tilleuls

Ils écoutent tremblants l’effet

 

Que produit l’espace d’une étendue précise

Qui se remplit d’un curieux  silence

 

Une de leurs feuilles dorées simule

Cette transparence que possède pour l’instant

 

Mon souvenir du passage à revers

Du vent dans un tilleul à petites feuilles

 

Ainsi quand plus profonds sont les lointains

Plus ils deviennent mon intimité en la circonstance


                                       HYLETIQUE

 

Une bruyère était là pour accueillir notre sortie.

Effondrement de la voûte causée par la pression du ciel.

L’arbre pleureur tantôt vert vif tantôt grisâtre saluait l’exploit.

Puis un verger en pente indiquait enfin la maison.

 

Des nimbus traversaient le ciel en changeant de forme

Et  rendaient l’heure lente et bousculée.

Leur étendue  ignore la substantialité.
Leur ombre épouse creux et crêtes des vaguelettes

 

Du seau posé au milieu d’une terrasse.

Vite obstrué l’accès par lequel dès la naissance

 

Je pénètre dans les ombres la main dans la main.

Accès à quoi ? Quelle forme ? Où est-il ?

Veut-on retrouver quelque réel ? Ou

Peut « importe » que son objet existe ?


                                      TON DIEU BLASPHEME

 

Bondir pour la chute au sol et la crapule des plaisirs

ô cette écume de la mer d’où débuchent les désirs !

Et le fruit amer et cher, arrondi d’un crépuscule,

De la nocturne branche trébuche et d’agoni(e) mûrit et pullule.

 

Et le fru-it en sa chair trop crédule à jou-ir.

Le fruit de  ton jeune ventre vient de faillir

Encore et son corps brûle qui luit de lune.

Ton dieu s’abaisse et se renverse, tu le caresses.


                                       RALES SOMBRES

 

Parmi les râles longs et sombres et fournis

De nos labours  qui brillent en esprit sous la brume

Trois fois fausse est ton apparence à la fois que ton corps.

Invitation de détresse et de décor

 

Dont le vain rêve s’évapore en heures et ne laisse

De sa venue qu’un faible écho qui se perd

Au fond d’un val  où les arbres défaillent.

Il faudra recommencer et encore recommencer

 

Et recommencer encor la même heure délivrée.

Les râles et rages de nos deux têtes  sous les nuées

 

Comme de la poursuite et des abois de la bête bondie :

De l’amour et de la mort où cette chair se séduit :

Nous nous sommes ensemble  sans hallali

Confondus en la cendre, en l’ombre, en sommeil

 

et le jus vermeil et recru en allé avec la fin du sexe

a laissé voir que les morts boivent et respirent.


                              LES ETERNELLES PROMESSES

 

Les éternelles promesses aux caresses se mêlent

Elles grandissent et se lèvent et s’évanouissent

Bacchante aimante et démente et c’est la chute ou le supplice.

Énorme instant que ce délire et cette démence et ce désir

 

D’un retour vers les jours d’hier dont un reste

Pend aux arbres tel un lambeau animal

Et sans sauvage dessein perpétu-el.

Serait-il chaos que j’y verrais l’ inceste

 

A mon tour après toi qui te contiens.

Bacchante aux assauts horaires dès maintenant

 

Cherchant à séduire encore l’aïeule sensu-elle

Et veuve  du présent comme l’est la belle façon de l’un.

Est-ce ton dieu même qui te rappelle notre affaire ?

Celle de ces heures passées qui font la matière d’hier.


                             L’ARDEUR

 

C’est l’heure de ne plus rien offrir,

De désunir durement les heures à nos jours

Qui attendent dehors que le sort d’un songe perde son image.

Il est temps de rompre le séjour en vie

 

Et le sombre accord des contours qui s’assemblent.

C’est le temps de ne plus choisir.

C’est l’heure de fu-ir et de la seconde de refus.

La meute même de l’autre langage

 

Qui monte comme fauve et sonore à l’assaut

De nos intimités et de la mienne éloquence,

 

Exprime pour autrui le manque de salut sur l’heure.

Mais je m’en fiche de cette claire vérité

Si ne vient éclore dedans un éternel enchantement

pareil à une averse contre le silence d’une étendue.


                           LES RECURRENCES

 

L’ardeur des sens, l’odeur des désirs.

Et le jour, autour, me répète à me séduire

Et me tente à mes douces approches.

Oh! que l’horizon anéantisse l’avance

 

A l’égal des caprices, la malice ! des blandices.

Oh! dessein de fuir encore une fois

Avec de la terre aux pieds, sans cesse mûre

Et qui surabonde. En son parcours n’est pas,

 

Qui sombre, l’épaisseur. N’a pas en soi,

Qui se déplie, de ciel dont déchoit la nuit.

 

Le dieu enfin que je crois connaît les saisons.

Errant peut-être, en tout cas épars à foison

Il a chu vers les retours dont il possède l’art

Pour la seule convenance d’autrui qui déchante.


                                          C’EST LA FIN

 

Voici ma peau, voici mes os

Et voici mon cœur sans candeur.

Voici les champs accomplis d’aurore.

Voici la carcasse, le désir et l’horreur.

 

Si ce que je sais et son mensonge

A mes reins est trop lourd

Et que la tête chancelle, étreinte

Du cours des jours, eh bien de ces limites

 

Se relève l’intime que le vent malmène.

Et le butin des ombres a trop de zèle.

 

                                            Pourtant

Fertile est le coteau car de son désert

Un tombeau perce la pierre aride qui

Entière se déverse et s’éparpille à flots

De genèse claire et limpide

 

et intime où s’unit et l’instant et le désordre

et l’égarement en l’absence brusque de contours

comme si le temps, toute durée finie,

passait quand même à travers toi.

Une graine de conifère

dans une fente d’écorce :

la mésange reviendra.

Un soulèvement des eaux :

le dos de la baleine réapparaîtra.

 

Plus rien ne menace.

 


RESPIRATIONS


                             LE POIDS DE L’ESPRIT

 

Intelleto d’amore

Où aller qui ne soit une proie

quand tout est en train d’être proie ?

Où donc s’alléger de son effroi

quand tout pèse lourd à bon droit ?

 

La mort de l’un ne saurait être seule

mais comme l’air qui est partout

et qui semble nulle part.


                                                            SUR LA PLAGE

 

La somme de sa présence déçoit.

 

Un illustre élan dans cet effondrement.

 

Accès, le rire ardent d’un esclave

 

accumule d’or ses fruits

 

pour d’autres déduits !

 

Cette fleur immense et rouge

 

qui s’élance et qui bouge

 

qui incante en caresses !

 

La vague que la vague monte et s’inonde

 

Et la vague s’avance et la vague en descente

 

rencontre la vague en triomphe qui la dompte

 

et les deux ondes se mordent

 

et s’emportent et s’encombrent.

 

Tout propice à l’allongement du corps.


                                    L’expérience  de l’âge

 

Il ne tient plus à la parole donnée.

 

Il est à son veuvage.

 

Comportement de la solution

 

sous la forme d’une mesure

 

de la force du désordre

 

en unités de dernier jour contemporain.

 

Grande la hâte de retourner chez soi.

 

Mais on s’arrête en chemin

 

afin d’observer soit une mésange agile

 

soit une graminée grêle :

 

elles nous avoueraient quoi ?

 

Le résultat : sur la pupille un dépôt (de sel)

 

probablement dû à la vision laissée

 

ici et là, ici et là parmi les effets du réel

 

hétérogènes.


                                                                AMOUR

 

 

terrestre la parole meurt mais redevient

à même un di-eu fol

énorme instant devant soi

en une suite fluide

quand le flot n’est qu’un flux

où s’écoule une voix accrue

et un choix pur

 

de la venue de ces eaux

ne sort nul corps

ne se brûle de mort

si j’y consens, amour,

ce dieu s’abaisse et se renverse

parmi les râles longs et sombres

et pourris et les rages

où cette chair (son or mûri) se séduit

une fois en allé le deuil

et la retraite qui recèle

d’une faillible vie qui se donne

à chaque accueil

et n’évolue que dans des flux sans répit

connaît la mort de rudesse

et jamais plus sa tendresse

 

le mi-en monde  en ombres abonde

(fraîcheur toujours de sa neuve saveur)

dont l’image, le visage se cache suave

en les feuilles de tilleul, se penche,

se propage parmi les branches

et remonte intègre l’essor d’une sève

mais plus de Silène qui chante

dans un vieux cantique et

enfin aucun dieu n’est véridique


                                               CATASTROPHE

 

Entendrais-je quelques éclats de rire ? 

Tcheck-tcheck-kerr ! Tiens – dérision –

fauvette épervière moirée dans les broussailles ;

crécelle rauque, sa présence.

 

Effet risible du présent sur nos yeux et dans nos oreilles.

Il montre la catastrophe

des projets d’un mouvement

du langage en nous malgré

la justesse d’une image.

Projets vains car ils ne posent plus la question

du lieu précaire et du nom provisoire.

 

Comique le sérieux de la parole nécessaire

insuffisante non pour les étoiles

mais pour elle-même une fois exprimée sur le terrain

lorsque, à certaines heures bénies, le corps perd pied.


                                                     Fiat mihi

 

Le signe de la femme est encore le voile.

Présence d’une aide et d’un service

mais jamais plus sous la forme du mysterium caritatis

que sont toujours la virginité et le présent, dans cet ordre.

ô dante et béatrice, michel-ange et vittoria colonna,

hölderlin et diotima, goethe et de stein, richard wagner

 et mathilde wesendonk  , jean genet et ses parents de la dass

où le « je » fait place au « nous » spontanément!

Femme équivaut au fiat mihi ! elle n’est pas personnalité

ni l’unique donc le périssable : Die Frau in der Zeit,

Die zietlose Frau : elle ne connaîtrait que l’amour ?

Et, profane, Béatrix demande au Dante de la reconnaître

et en ce miroir il regarde s’il a été aimé à travers

toutes les nécessités du corps et la fatigue du chemin.

Il n’ y a qu’un seul enfantement, celui de l’enfant

par la mère, il y aussi l’enfantement de l’enfant par

une paternité bien plus esciente que l’accouchement

de l’être enfanté, soigné et gardé. Supprimez tout,

la paternité restera et c’est une énigme

et c’est le côté impérissable. Mais une femme n’est

pas seulement la mère de ses enfants ! Elle figure

souvent  cette paternité que l’enfant déchire en naissant,

déchire le sein , déchire le cœur, l’agrandit et l’ouvre

pour tout ce qui est petit et démuni

et abandonné à cet instant. Une paternité : le temps

qui s’écoule entre naissance et mort ne l’encadre pas

dans son efficace à nous donner nos élans en vie.

Le signe de l’attraction universelle est le miroir.

Il montre un dessaisissement et un corps à corps.

Il épuise un fonds et met en marche une douleur

et une souffrance

dans la chair et les os : le corps ne se trouve

jamais sur un terrain plat sauf en pleine mer

alors il n’a que ses jambes et ses bras livrés

à eux-mêmes ; corps libéré certes

mais dans un milieu où il ne peut aucunement vivre,

où il trouvera une mort certaine car il ne s’appuie plus

sur ses pieds ni avec ses mains : montée ou descente s’effacent.

En nageant il invente une résistance, une saisie, un appui, un habitat.

Oui, c’est sur la mer que descend, visible, une éternité vraie.

Et là, où le soleil disparaît nos regards disparurent souvent

afin de revenir avec davantage de détachement

car nous ne pouvons nous réduire à rien.


                               SORTE DE PATERNITE

 

La paternité ne se perd jamais :

Plus que le fils pleuré par ses parents

mais moins que les ondées

qui laissent la paternité prendre forme.

Plus qu’un lieu, un lien par intermédiaire

mais non pas unique en son genre

et non pas plutôt sa figure.

 

De l’externe, elle deviendrait visible non pour rien

hors lumière du jour, hors noirceur de la nuit

comme une (belle) seconde

qui nous traverserait et que nous sentirions

avoir perdue depuis longtemps

avec une douceur immense.

Ayant pour tout bien au monde

cette espèce de paternité sur le point d’être

terriblement vivace. (En vrai chrono.)


                                              PARENTE

 

Des ondes ardentes vivifient les mœurs et le sang :

 Le pater is est quem nuptiae demonstrant

Avec le bris du rôle de géniteur sans renoncements

Qui s’en remet au sûr amour de son propre père

 

Avec les deux sexes, l’engendrement, la succession des naissances.

Qu’en son entier le père doive à la différence

Alors cette cause il faut qu’elle cesse et disparaisse

Pour que vienne enfin la filialité :

 

Un frère de père est un père.

Une sœur de mère est une mère.

 

Mais l’occasion nouvelle ? Les germes et la croissance?

Ou feras-tu en toi et de toi, monstre, une autre appartenance

Recommençant le saut du nombre ?

En passant par l’alliance hors consanguinité

 

Hors redoublement mais avec une équivalence sauve :

Tout enfant d’enfant est accompagné par affinité.

 Adoption ? sans patrie ni fratrie. Assurément.


                                                     AFFINITE

 

Filiation, alliance et résidence sont espaces vierges.

Et inhabitables en l’état.

 

La pluie est solution exacte.

Le jour semble être à son heure.

 

Les hauteurs certes sous l’horizon

mais les yeux sur l’horizon.

 

L’ombre tombe des toits.
L’eau au sombre définitif sous le pont.

 

Le ciel se tait puisque étant notre intime.

L’aube maintient sa fraîcheur.

Une goutte (de rosée) au bord d’une feuille

comme elle hésite avant de ne plus compter !

 

Un instant comme un baiser dans l’ombre

quand une branche te prend par l’épaule.

 

Des draps de fièvre enveloppent un crâne

tout vif encore dans une immédiateté.

 

Puis les vagues de la mer brasillent.

La confiance est neuve dès à présent.

 

Inventer un point de départ pour un engendrement…


APPARENCES

Donnez-moi mon héritage

Commencement

Espace habitable

J’ai su…

Le silence…

Étendue désertée

Bord du spectre

Allongé sur…

Le reflet…

Voulez-vous me quitter

Se lever…

Hors de soi…

Le filon aurifère

 

IMPLICATIONS

Principialités

Contingence

Choses singulières et contingentes

Hylétique

Ton dieu blasphème

Râles sombres

Les éternelles promesses

L’ardeur

Les récurrences

C’est la fin

 

RESPIRATIONS

Le poids de l’esprit

Sur la plage

L’expérience de l’âge

Amour

Catastrophe

Le signe de…

Sorte de paternité

Parenté

Affinité