Marco Milani |
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horreur
HISTOIRE
PSYCHIQUE
RACCONTO PSICHICO
Trad. Federica Bussi Veziano
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Marco Milani |
«La folie
n’est
ni le premier, ni le dernier
des maux.
Et parfois, cela peut être
Une véritable chance.»
J.
«Qu’importe si l’on est sain
d’esprit si avec la folie on
trouve le bonheur.
Au-dehors, dans le monde
normal, on doit se comporter
comme une personne normale.
A l’intérieur de ces six
murs de briques, j’ai trouvé
ce qui me manquait.
Mon esprit est affranchi,
libre de suivre ses routes.
Des routes infinies dans un
espace, petit mais vaste
comme un univers.
Je suis fou! Je suis heureux!»
J’écris cette poésie et j’écris
aussi ces quelques lignes
parce que j’ai décidé que je
ne peux pas m’en aller sans
écrire quelque chose qui
reste comme souvenir de moi.
Il y a six ans, quand ils me
renfermèrent dans cette
cellule me disant que j’étais
fou, je pensai : là-dedans
je deviendrai un
déséquilibré pour de bon.
En effet, ce fut ainsi, j’étais
un fou furieux, au moins
dans les premiers temps.
Puis je commençai à me faire
des amis et les choses
changèrent. D’abord nous
avons fait connaissance,
mais chacun de nous était
resté un peu sur ses gardes,
puis tout doucement nous
sommes devenus intimes.
Maintenant nous sommes de
grands amis, ou plutôt, de
très grands amis, à la vie
et à la mort, moi, araignée
et rat.
Ils ne s’appellent pas
vraiment comme ça, ce sont
seulement les noms que moi
je leur donne. Ce n’est pas
de ma faute, mais les vrais
noms sont trop difficiles à
prononcer et moi je suis un
peu ignorant, mais seulement
parce que quand j’étais
jeune je n’ai pas pu faire
plus d’études que ça, je
suis arrivé jusqu’en
seconde, mais après…
Araignée s’appelle
STRHHPUYRTZP tandis que rat
CRZYYTPUUJHTR et
heureusement qu’ils m’ont
dicté lettre après lettre,
autrement en plus de ne pas
arriver à les prononcer, les
noms, je n’aurais même pas
su les écrire.
Maintenant cette cellule est
ma maison et je suis
vraiment désolé de la
quitter, surtout pour mes
amis. Mais mon heure est
arrivée, la voix m’a appelé.
Je me rappelle quand
araignée toussait, l’hiver
dernier, et chaque fois qu’une
mouche allait finir dans sa
toile, elle toussait et la
mouche s’échappait. Cette
fois-là araignée ne pouvait
même pas bouger, alors elle
me demanda de lui en prendre
quelques-unes, autrement
elle ne pouvait pas manger
et elle serait sûrement
morte. C’est alors que j’ai
compris pourquoi elle
utilisait sa toile, parce
que les prendre en vol c’est
très difficile. Il vaut
beaucoup mieux attendre qu’elles
viennent par elles-mêmes.
Quelle suée cette fois-là…
et pour arriver à en prendre
seulement deux. Puis
araignée me demanda si je
pouvais lui rendre le
service de les attraper sans
les casser, les autres.
Les histoires de rat me
manqueront. Les histoires
sur ses virées dans la
cuisine de l’asile et sur
les mille manières d’enlever
le fromage des pièges sans y
rester. Il sait vraiment y
faire avec les mots, lui,
quand il raconte on retient
son souffle jusqu’à la fin.
Il aurait écrit volontiers
un livre sur ces, comme lui
les appelle, «vols
artistiques à la Arsène
Lupin», mais si quelqu’un l’aurait
ensuite publié. Et puis qui
cela peut-il bien être cet
Arsène Lupin, voleur de
fromage.
- Mais qui achète un livre
écrit par un rat pour des
rats? Sur un sujet n’intéressant
que les rats? Et puis je ne
connais même pas un éditeur.
- Ces mots il me les a dits
maintenant. Il vient tout
juste de sortir de son trou
dans le mur avec un morceau
de fromage, pour changer.
Maintenant ça suffit avec l’écriture,
car c’est une chose que je
n’aime pas trop et
maintenant j’en ai marre.
Mais avant de m’en aller, je
veux remercier araignée pour
avoir été mon amie jusqu’à
la fin et je lui laisse une
poignée de mes cheveux,
puisqu’elle est très
fainéante et se plaint
toujours quand elle doit
tisser sa toile, parce qu’elle
dit qu’elle doit toujours
travailler… Et je veux
remercier rat de la même
façon pour avoir été lui
aussi mon ami, jusqu’à la
fin et je lui laisse mon
unique chaussure, comme ça
il peut mettre dedans ses
réserves de fromage volé.
J’espère avoir bien fait le
nœud à la corde, même si
araignée et rat m’ont
expliqué comment on fait. Ce
n’est pas si facile de faire
un noeud coulant, surtout
avec un drap.
Adieu mes amis, et merci
pour tout. Vous me manquerez.
P.S. Je n’ai jamais appris à
attacher les lacets de ma
chaussure.
C’est la seule chose que je
regrette de ne pas avoir
appris.
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