Marco Milani |
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fantastique
LA VERITABLE
HISTOIRE D’A.D.
LA VERA STORIA DI
A.D.
trad. Federica Bussi Veziano
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Marco Milani |
Il était en train de se
demander pourquoi diable il
avait été stupide au point
d’entrer dans cette grotte
répugnante, infestée par les
chauve-souris et qui plus
est, pleine d’une humidité
qui pénétrait jusqu’au plus
profond de ses os.
«Au mépris de la curiosité
et des preuves de courage.»
Aller s’enfoncer avec une
seule torche, qui plus est à
moitié consumée, dans les
méandres de cette espèce de
labyrinthe naturel sous la
montagne à la recherche d’un
légendaire passage pour les
enfers.
«Stupide casse-cou arrogant.»
continuait-il à se répéter.
Rien que pour se vanter
devant ces aristocratiques
snobs, qu’il ne considérait
d’ailleurs même pas comme
ses amis… ils avaient de l’argent,
certes, mais rien d’autre.
Autant d’argent que d’ignorance
et il suffisait de pas
grand-chose pour bien se
faire voir dans certains
milieux.
C’était toute une série de
pensées ennuyeuses les
siennes, tandis qu’il
avançait lentement dans ces
passages enchevêtrés à la
recherche de rien de précis,
à part démontrer qu’il
pouvait affronter ce que d’autres,
par peur, n’osaient tenter.
Des pensées interrompues,
toutefois, par un imprévu…
d’abord le tremblement de
terre, puis l’écroulement.
Il n’aimait vraiment pas la
situation dans laquelle il
était parvenu à se trouver,
et de sa propre initiative,
par-dessus le marché. Le
fait de se sentir piégé au
coeur de la montagne à cause
d’un éboulement se révélait
peu à peu fatal pour sa
stabilité émotive.
«La claustrophobie? Une
chose pour femmelettes!»
Combien de fois l’avait-il
répété pour impressionner
les autres et se glorifier
de sa force, de sa témérité
et de sa bravoure. Sa gorge
ne voulait pas se desserrer,
tandis que le gel d’un
frisson, le long de sa
colonne vertébrale, lui
rappelait continuellement
qu’il avait sur lui une
bonne dose de peur en plus
du froid.
La torche avait à peine
émané sa dernière lueur
quand, beaucoup moins
intrépide que d’habitude,
conscient de sa propre
situation, il se rendit
alors compte, en raison de
sa réclusion forcée, qu’il
comprenait le supplice
éprouvé par les
claustrophobes dont il se
gaussait. La soif d’air, d’espace,
de lumière, de liberté. Un
désir extrêmement fort,
absolu, de se soustraire à
l’étroite réclusion d’un
lieu fermé. Un désir si fort
qu’il rend fou.
«Que fait alors un fou dans
ce cas?» se demanda-t-il en
s’agrippant avec les doigts
entre le cou et la chemise
et s’apercevant ainsi qu’il
se trouvait dans un bain de
sueur malgré la basse
température. «Un fou dans ce
cas hurle…» et il tira vers
le bas de toutes ses forces
s’arrachant son vêtement,
«il hurle et court!»
Dans l’obscurité quasi
complète il commença à
courir à toutes jambes. Il
trébucha, se releva. Il
trébucha et se releva de
nouveau. On aurait dit un
chat devenu fou après avoir
été enfermé dans un cagibi.
Il recommença à courir et sa
tête alla frapper contre la
paroi rugueuse et
irrégulière. «Dure comme la
pierre.» ce fut sa pensée
quelques instants après,
tandis que la douleur aux
tempes s’affaiblissait en
passant d’une intensité
exagérée à une pulsation
supportable.
«Ce n’est peut-être pas la
peine de courir dans le
noir.» constata-t-il. Il se
tâta le front encore étourdi.
Quelque chose de chaud et de
légèrement visqueux coulait
lentement.
«Oh mon Dieu!» gémit-il
surpris «Le tremblement de
terre! Encore!» Il tremblait
physiquement et avec cette
horreur de catastrophe
imminente innée qu’il
percevait en lui, il sentait
ses os craquer au mouvement
comme s’ils devaient céder
et se pulvériser d’un moment
à l’autre. Tout vibrait,
accompagné par un bruit
persistent sourd et sinistre
et qui donnait à penser qu’il
ne s’arrêterait pas de sitôt.
Terrorisé, il partit de
nouveau en courant, comme si
son corps avait décidé
d’agir de manière autonome.
Son instinct animal avait
perçu un danger et son
subconscient avait opté pour
la survie et donné l’ordre
de ‘courir’.
Un hurlement sortit de lui,
inattendu, tandis qu’il ne
sentait plus la terre sous
ses pieds.
Il était en train de glisser
vers le bas sur un terrain
remué et incliné, très
incliné, il arriva même à
reprendre ses esprits,
essayant en vain de trouver
une prise entre la terre et
les cailloux qui défilaient
sous lui.
Il commença à débouler à la
brusque augmentation de
pente et à frapper contre
les parois de ce qu’il
pensait être un tunnel d’à
peu près deux mètres de
largeur, calculés entre deux
coups. Ses mains lui
brûlaient à cause du
frottement contre la paroi
naturellement rugueuse,
maintenant de pierre solide,
et à chaque coup que son
corps recevait, un
gémissement étranglé sortait
de sa bouche. La position
foetale fut adoptée
instinctivement...
Il continua à rouler,
recroquevillé et avec ses
mains protégeant sa tête,
pendant on ne sait combien
de temps. Le temps semblait
infiniment long, comme cette
interminable descente.
- S’était-il évanoui?
Était-il arrivé à la fin?
Une réponse facile pour
quelqu’un qui se retrouvait
étendu, tout à fait immobile
et qui, dans son dernier
souvenir, était en train de
précipiter. Il se sentait
comme brisé en mille
morceaux et la tentative de
se relever resta une
tentative, une tentative,
par ailleurs, très
douloureuse. Les doigts de
sa main droite furent les
premières à répondre aux
impulsions d’un cerveau qui
semblait s’être déconnecté,
étant donné qu’il n’avait
plus reçu de réponses de son
corps jusque-là. Il lui
fallut longtemps pour
parvenir à se lever et à se
tenir à quatre pattes et
même ainsi, avec la tête qui
tournait, il se sentit
chancelant comme une barque
sur un fleuve à la merci du
vent. «Sur l’Arno.» dit-il,
en constatant qu’il arrivait
à parler sans problèmes
outre qu’il pensait à des
choses bizarres.
«Mince, mon pantalon est en
lambeaux. Avec ce qu’il m’a
coûté.» éclata-t-il
contrarié en regardant ses
jambes après s’être mis
debout avec difficulté.
«Oh Jésus! J’y vois.» - il
s’étonna et se réanima en
même temps «On y voit… il y
a de la lumière.» et déjà sa
latente nature curieuse
commençait à s’enfiler dans
ses processus mentaux.
L’origine de la luminosité
se trouvait juste là-devant.
Il lui semblait que c’était
les mêmes cavités qu’il
était en train de parcourir
avant de précipiter et avec
sa torche à la main, le même
étincellement de flamme.
Maintenant la lumière était
plus tremblotante,
exactement comme une torche
en mouvement. «Il y a
quelqu’un?» - formula-t-il
avec une voix stridente et
son appel résonna en une
infinité d’échos déformés.
Tout à coup, de l’ombre
surgit un être non commun
qui le fit sursauter de
surprise. Pour être plus
précis, il apparut d’un
côté, comme si là-devant il
y avait eu une porte au lieu
d’un virage.
«Oh mon Dieu! Mais… c’est le
Diable!» En une métamorphose
immédiate, de preux
intéressé à timoré absolu,
ses épaules se retirèrent et
il s’abaissa presque jusqu’à
s’agenouiller, peut-être
espérant ainsi se rapetisser
jusqu’à ne plus être visible.
- Alors c’était vrai. Le
passage existait et lui c’était
Lucifère en chair et en os.
- Il était paralysé par la
terreur, avec des pensées de
morts horribles et d’affreuses
pénitences éternelles qui l’attendaient
après cette fatale rencontre.
L’être avança vers lui en
sortant lentement de
l’ombre. La torche qu’il
tenait à la main illumina d’abord
un torse basané nu et
puissant soutenu par des
jambes de bouc grosses et
poilues, puis, un visage
long et maigre, avec au
centre un nez aquilin et
deux petites moustaches avec
barbichette coordonnée
contournant un sourire
aimable et parfait.
«Tu es un vivant, n’est-ce
pas?» C’était une belle voix
de ténor, sûre et chaude.
La peur bloqua sa réponse.
Pendant ce temps, la torche
fut mise par le nouvel
arrivant dans un support
accroché à la paroi de la
roche.
«Il y avait longtemps qu’un
vivant n’était venu ici, tu
sais? Il y a de cela très
longtemps, on en avait
presque marre d’avoir des
vivants dans les pattes, c’était
un bordel, on n’en pouvait
plus. Encore, encore et
encore, on se serait cru au
marché.»
Il se sentait petit et
submergé par ses paroles.
«Puis ils ont arrêté tout
d’un coup. Plus rien pour un
bon bout de temps. Il
semblerait qu’un type un peu
bizarre, Jéso… Jésus, pas
vraiment lui d’ailleurs mais
certains de ses compagnons
ou connaissances, soit ou
soient allés dire du mal de
moi. Ici on ne l’a pas vu
mais tu sais comment ça
marche, les bavardages vont
bon train, surtout les
malveillants. Très bien, tu
sais, je commençais à m’ennuyer
ici, toujours les mêmes
choses. Comment ça va
là-haut?»
- Bien. - réussit-il à
répondre avec un brin de
voix ne s’étant pas encore
repris de cette avalanche de
paroles qui, heureusement,
dites avec un ton si cordial
et gentil le calmèrent un
peu.
- Tu veux visiter l’enfer?
Tu es là pour ça, non…?
Allez viens, comme ça on
bavarde un peu entre amis.
Je te présente quelques
personnes.
«Oui, certainement.» - Il n’osait
pas le contredire. C’était
quand même toujours le
Diable, marmonna-t-il à
lui-même, même si à première
vue il semblait sympathique
après le brusque impact du
début, ou plutôt très
sympathique.
«Tu vois, il y a un type
chez nous qui se fait
grignoter le crâne et qui
paie quelqu’un car tout seul
il n’y arrive pas. Un autre
continue à ramer en avant et
en arrière dans sa petite
barque car il dit qu’il doit
s’entraîner pour les jeux
olympiques. Ce n’est pas
habituel pour moi, mais
peut-être que nous pourrions
en profiter pour faire un
tour ensemble et puis… à
propos quel est ton nom?
Excuse-moi si nous ne nous
sommes pas présentés tout de
suite, mais pouvoir enfin,
après très longtemps, parler
avec quelqu’un et non
seulement à une âme damnée
qui a perdu la boule m’a
fait un peu oublier les
bonnes manières. Moi, c’est
Lucifère.»
- Mais non, Lucifère. - Il
se sentait déjà davantage à
son aise.
- Ah, seulement une chose -
l’interrompit-il avant qu’il
ne pût ajouter autre chose -
s’il te plaît ne m’appelle
pas Lucifère ou Diable,
appelle-moi Virgile, je
préfère. Ecoute comme ça
sonne bien… VIRGILE.
- Oui certainement Luc…
Virgile. - Il le vit
empoigner la torche et l’enlever
de son support dans la
roche. Puis il s’approcha de
lui et lui prit le bras, s’acheminant
par la voie de laquelle il
était apparu.
- Ton nom, alors?
- C’est vrai, excuse-moi.
Alighieri… Dante Alighieri.»
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